Lorsque Georget Bernier meurt à Paris, le 10 janvier 2005, à 76 ans, ce ne fut pas sous ce nom-là que d'innombrables personnes pleurèrent celui qui les avait tant fait rire et penser -mais sous celui de Professeur Choron. Depuis la fondation de Hara-Kiri en 1960 (dont les premiers bureaux étaient localisés rue Choron, dans le 9e arrondissement de la capitale fr...

Lorsque Georget Bernier meurt à Paris, le 10 janvier 2005, à 76 ans, ce ne fut pas sous ce nom-là que d'innombrables personnes pleurèrent celui qui les avait tant fait rire et penser -mais sous celui de Professeur Choron. Depuis la fondation de Hara-Kiri en 1960 (dont les premiers bureaux étaient localisés rue Choron, dans le 9e arrondissement de la capitale française), Bernier s'était transformé en une sorte de personnage de dessin animé, aussi urticant que désopilant: un chaman mi-dandy, mi-cochon, dont l'activité principale consistait à faire chier le bourgeois. Entouré de Cavanna, Fred, Topor, Reiser, Gébé, Wolinski ou Cabu, il entreprit de faire du journal qu'il avait créé le lieu où pourrait se dire ce qui ne se disait nulle part ailleurs -et de le faire par le biais de l'humour le plus radical, le plus guerrier, qu'on pût imaginer. Cela dura dix ans, jusqu'à ce que la Une consacrée à la mort du général de Gaulle ("Bal tragique à Colombey: un mort") poussât les autorités à faire interdire le magazine, qui ressuscita aussitôt sous le titre de Charlie Hebdo. Cependant, derrière les lignes de front de l'édition, de la presse et de la politique, le Professeur Choron était avant tout un individu qui cherchait à vivre, ce qu'on appelait vivre, lui qui venait de la France des prolos, avait traversé la guerre d'Indochine et avait vécu d'à peu près tous les boulots, surtout les plus inavouables. C'est cet individu que racontent ses mémoires, écrits avec Jean-Marie Gourio, qui enregistra ses conversations avec Bernier pendant des mois pour le forcer à se remémorer sa vie. Ce sont des mémoires oraux, impudiques, drôles et tristes. Ils étaient épuisés depuis des lustres. Grâces soient rendues à Wombat de les rééditer.