On ne va pas rejouer le couplet tire-larmes des artistes qui ont besoin qu'on leur tende la main en ces temps ravageurs. Il reste que la réalité est là: quand les expositions ne sont pas purement et simplement annulées, elles sont reportées à 2021, voire 2022 pour les moins chanceux. Et en attendant? Démerdez-vous (merci de mourir en silence). Heureusement, de nombreuses initiatives voient le jour pour tenter de tenir la tête des plasticiens hors de l'eau. Parmi celles-ci, il importe de pointer la plateforme internet mise sur pied par la galeriste Justine Jacquemin. La directrice de la Galerie DYS lance pourtant le projet DYSXS sans faire référence à la situation sanitaire actu...

On ne va pas rejouer le couplet tire-larmes des artistes qui ont besoin qu'on leur tende la main en ces temps ravageurs. Il reste que la réalité est là: quand les expositions ne sont pas purement et simplement annulées, elles sont reportées à 2021, voire 2022 pour les moins chanceux. Et en attendant? Démerdez-vous (merci de mourir en silence). Heureusement, de nombreuses initiatives voient le jour pour tenter de tenir la tête des plasticiens hors de l'eau. Parmi celles-ci, il importe de pointer la plateforme internet mise sur pied par la galeriste Justine Jacquemin. La directrice de la Galerie DYS lance pourtant le projet DYSXS sans faire référence à la situation sanitaire actuelle. Elle préfère insister sur une autre forme d'écologie tout aussi salutaire. " Une galerie d'art montre toujours les créations les plus récentes de ses artistes, au rythme d'une exposition personnelle tous les deux ans, et quelques foires et expositions de groupe dans l'intervalle. Une vingtaine d'oeuvres sont donc présentées au public... puis décrochées. Celles qui sont vendues rejoindront les murs des acquéreurs. Les autres seront archivées ou rangées. Nous travaillons sur le long terme avec des artistes qui évoluent, expérimentent, créent en continu. La logique de montrer toujours du neuf rend-elle les oeuvres obsolètes une fois décrochées? Nous résistons à cette idée désespérante", explique-t-elle dans un communiqué de presse de grande justesse. À ce constat qui justifie pleinement cette nouvelle vitrine, l'intéressée en ajoute deux autres. Le premier touche à " la joie de voir l'art venir à soi", un phénomène que la jeune femme a expérimenté en achetant des oeuvres online pendant le premier confinement. Le second consiste en un élargissement du public, à savoir la génération des 25-35 ans qui se sent plus apte à un achat en ligne qu'à pousser la porte d'une galerie en toute légitimité. En phase avec la programmation de la galerie dont elle émane, DYSXS est essentiellement dédiée aux oeuvres sur papier. Pour rappel, il s'agit, comme le souligne l'initiatrice du projet, d'un " médium au prix généralement plus abordable, de taille plus petite, mais d'un intérêt artistique aussi grand que les autres formes d'art comme la peinture". La ligne DYS se veut " figurative expressive et habitée" à travers des oeuvres qui s'échelonnent entre 300 et 1000 euros. L'achat d'une oeuvre d'art originale est ici ultra-simplifié: quelques clics et l'affaire est faite. On aime la sélection des artistes qui, dans la première phase de lancement, inverse les logiques habituelles. Il est question de deux hommes pour neuf femmes (une rareté puisque, comme le rappelle Justine Jacquemin, seulement 13,7% des artistes représentés en galerie en Europe et en Amérique du Nord sont des femmes). Marquantes sont les oeuvres d'Annabelle Guetatra (France, 1985) qui mettent en scène de manière très brute les affres du corps et du désir. Ployées, cambrées, soumises ou transpercées, les anatomies sont mises à rude épreuve, comme poussées à leur paroxysme. L'oeil s'arrête également sur les travaux "mixed media" de Lotte Van De Walle, dont les contours évoquent la magie noire. Mais peut-être que la révélation la plus intéressante vient de Marlene Steyn (Afrique du Sud, 1989), dont les compositions hybrides, vendues à petits prix au regard de l'élan qui les habite, signent des portraits hallucinés.