Peut-être que ces Visages agricoles sont une adresse pudique aux Profils paysans, la fameuse trilogie documentaire de Raymond Depardon consacrée à l'extinction du monde rural. Une sorte de réponse de la bergère au berger. Là où le photographe français montrait une génération en fin de vie, isolée du monde, Marie-Noëlle Boutin s'intéresse aux élèves d'un lycée agricole des Hauts-de-France -une ...

Peut-être que ces Visages agricoles sont une adresse pudique aux Profils paysans, la fameuse trilogie documentaire de Raymond Depardon consacrée à l'extinction du monde rural. Une sorte de réponse de la bergère au berger. Là où le photographe français montrait une génération en fin de vie, isolée du monde, Marie-Noëlle Boutin s'intéresse aux élèves d'un lycée agricole des Hauts-de-France -une démarche cohérente pour un regard qui n'a cessé d'arpenter les Territoires de la jeunesse, depuis les night-clubs de province où l'ennui s'imbibe d'alcool à la diversité des quartiers bruxellois. Malgré la différence évidente, il reste qu'il existe un fil rouge entre Depardon et Boutin: nous faire renouer avec une forme de vie traditionnelle, proche des animaux et de la terre, qui disparaît au fur et à mesure que la société s'urbanise. Loin des yeux, loin du coeur? Le constat est inéluctable, la réalité agricole relève chaque jour un peu plus du genre anthropologique. Mais là où le fondateur de l'agence Gamma donnait à voir l'amertume taciturne de personnages injustement déclassés -ce dont le spectateur prenait la mesure à travers la figure de Marcel Privat, qui refusait obstinément de livrer son regard à l'obscène caméra-, celle qui s'est formée à l'Institut Saint-Luc de Tournai se tourne vers la grâce des visages juvéniles, vers leur promesse. Frontaux et posés, ces portraits d'adolescents qui amarrent leur existence aux métiers de la terre bouleversent. Ces images à la croisée disent à la fois le doute et la confiance, l'adhésion à la mythologie de la volonté tout autant que la résignation à la fatalité. En marge de l'accrochage qui, au-delà de l'humain, laisse entrevoir le paysage austère dans lequel ces corps impatients prendront place, une installation vidéo plonge le visiteur dans l'intimité des gestes qui feront une vie ou plutôt... une survie.