À la fin du précédent tome, Nicolas et son cousin nous avaient laissés en 1986, sur les côtes bulgares de la mer Noire. Les voilà filant vers Istanbul, aussi vite que le permet le moteur de leur vieille Citroën. L'arrivée dans la capitale est un choc. La voie rapide qui les y emmène est un véritable danger, ouverte à tout ce qui compte comme roues et jambes. La v...

À la fin du précédent tome, Nicolas et son cousin nous avaient laissés en 1986, sur les côtes bulgares de la mer Noire. Les voilà filant vers Istanbul, aussi vite que le permet le moteur de leur vieille Citroën. L'arrivée dans la capitale est un choc. La voie rapide qui les y emmène est un véritable danger, ouverte à tout ce qui compte comme roues et jambes. La ville tentaculaire angoisse nos deux cousins et ils la quittent bientôt vers d'autres aventures, toujours filés de près par le fantôme d'Henri Michaux en embuscade, qui surveille Nicolas et sa propension à citer les textes du poète. Débarrassé de contraintes scénaristiques comme des problèmes de mémoire ou d'intrigue -les deux compères voyageant sans autre but que d'aller loin là-bas-, l'auteur nous entraîne dans les méandres de ses souvenirs. Il invoque également ceux d'un voyage en Biélorussie en 1996. Invité à un festival dans la région, de Crécy découvre Vitebsk, la ville où vécurent Malevitch et Chagall, baignée dans un univers post-soviétique et dont les vestiges staliniens sont encore très présents. L'ombre de la catastrophe de Tchernobyl toute proche y plane encore. Nicolas de Crécy est un artiste complet qui réussit la prouesse de faire résonner nos sens au départ de sa prose et de son dessin. Graphiquement, c'est flamboyant. Il nous transporte dans les tableaux de Turner lorsque les deux voyageurs traversent, au coucher du soleil, le Bosphore. Il se fait plus sombre et inquiétant lors de l'arrivée pluvieuse en Biélorussie. Fidèle à leur passion partagée pour la poésie, les deux voyageurs se délectent des sonorités de la langue turque en faisant rouler dans leur bouche des mots comme "Mustapha Kemal Atatürk" ou "Galatasaray". Ne manque que le goût et le toucher,... quoique.