Klub des Loosers

On l'oublie souvent, mais les immenses succès que le rap a engrangés depuis plusieurs années n'ont pas seulement amené de nouvelles têtes d'affiche, ils ont aussi considérablement élargi "l'assiette". Ce qui était considéré auparavant comme inconciliable avec le genre en fait désormais partie à part entière. Pour le meilleur et pour le pire, diront certains. Soit. Le fait est que pendant longtemps, un projet comme Klub des Loosers a toujours été tenu un peu à l'écart. Au mieux, il était catalogué "rap alternatif" -au grand dam de Fuzati, son principal et, depuis un moment maintenant, unique ce...

On l'oublie souvent, mais les immenses succès que le rap a engrangés depuis plusieurs années n'ont pas seulement amené de nouvelles têtes d'affiche, ils ont aussi considérablement élargi "l'assiette". Ce qui était considéré auparavant comme inconciliable avec le genre en fait désormais partie à part entière. Pour le meilleur et pour le pire, diront certains. Soit. Le fait est que pendant longtemps, un projet comme Klub des Loosers a toujours été tenu un peu à l'écart. Au mieux, il était catalogué "rap alternatif" -au grand dam de Fuzati, son principal et, depuis un moment maintenant, unique cerveau. Vingt ans après ses débuts, la donne a toutefois changé, et le débat est devenu caduc: comme le prouve une bonne fois pour toutes son nouvel album, intitulé Vanité, Klub des Loosers est un bien un projet hip-hop. Avec tout ce que ça peut impliquer -techniquement, vocalement, musicalement, esthétiquement. Et cela sans rien avoir sacrifié de son discours corrosif et misanthrope. Le Klub des Loosers grince donc toujours, mais en changeant cette fois de perspective. Avec Vanité, Fuzati a en effet décidé de laisser la dépression et la loose de côté. Cette fois, c'est l'esprit du vainqueur que le premier des rappeurs tristes a eu envie de creuser. Prenant la pose "macroniste", le rappeur/producteur parisien se lance ainsi dans un grand ego trip carnassier, autotune et refrains pop compris ( Moi je). " Qu'une seule place sur un podium/si t'en vois trois, c'est déjà l'échec", entame-t-il sur Champion, tel un coach pour traders féroces. " Les perdants sont les mêmes/tous conjuguent "essayer"/Toujours au passé composé/première personne du singulier", poursuit-il sur Réussir. Le trait est appuyé. Mais en continuant de laisser planer l'ambiguïté ici et là: à qui s'adresse Fuzati, sinon le plus souvent à lui-même? " S'indigner, c'est pas agir", glisse-t-il, par exemple, juste avant Joie de vivre -morceau sur lequel devait apparaître Roméo Elvis, et que Fuzati a précisément décidé de retirer après les récentes accusations d'agression sexuelle... De toutes façons, la pose de vainqueur ne pouvait tenir qu'un temps. Chassez le naturel, il revient au galop. Car même en roulant des mécaniques, Fuzati reste masqué. Dans la seconde partie de Vanité, il dézingue la fatuité des ambitieux aux dents longues -" Bien sûr il y aura toujours des cons pour chanter L'Internationale/Fermez vos gueules, je veux rester concentré comme les richesses mondiales" ( Qui perd gagne)-, qui cherchent la lumière et la gloire à tout prix. Par l'absurde, il montre l'impasse du toujours plus. Mais en prenant aussi un malin plaisir à renvoyer les uns et les autres dos à dos. S'il les rassemble, c'est uniquement sous la bannière de son indéfectible humour noir. " Y a ceux qui ont des jets privés, ceux qui les regardent décoller/J'suis de ceux aimant voir les premiers s'écraser sur les derniers", ose-t-il sur Battre. Une victoire peut-être, mais alors à la Pyrrhus...