Réalisateur islandais formé aux arts visuels et plastiques, Hlynur Pálmason ( Winter Brothers) était occupé à travailler sur une série de photographies très abstraites prises dans des tempêtes de neige quand ont commencé à germer en lui l'idée et le désir de son deuxième long métrage. À partir de simples formes et figures, baignées de son obsession grandissante pour la couleur blanche, jaillissent alors des éléments de narration qui finiront par s'agglomérer de très intuitive et sensorielle façon pour déboucher sur le scénario de A White, White Day. Situant son action au coeur...

Réalisateur islandais formé aux arts visuels et plastiques, Hlynur Pálmason ( Winter Brothers) était occupé à travailler sur une série de photographies très abstraites prises dans des tempêtes de neige quand ont commencé à germer en lui l'idée et le désir de son deuxième long métrage. À partir de simples formes et figures, baignées de son obsession grandissante pour la couleur blanche, jaillissent alors des éléments de narration qui finiront par s'agglomérer de très intuitive et sensorielle façon pour déboucher sur le scénario de A White, White Day. Situant son action au coeur d'une petite ville perdue en Islande, le film accompagne ainsi les ruminations d'un commissaire de police taciturne qui suspecte un homme du coin d'avoir eu une aventure avec sa femme récemment décédée dans un accident de voiture. Guidée par un amour inconditionnel et la douleur d'un deuil impossible à faire, sa recherche de vérité tourne alors à la pulsion punitive qui le mène inévitablement à se mettre en danger et à exposer ses proches, jusqu'à son basculement buté dans la folie aveugle... Habité, hanté même, le résultat est, à l'écran, semblable à son colosse aux pieds d'argile de protagoniste, véritable bouilloire humaine à tout moment susceptible d'exploser. Animé par ses sentiments les plus primitifs, ce dernier porte sur son incroyable visage aux traits sidérés tous les stigmates à vif d'une existence amèrement blessée. Un jour si blanc est, à son image, terriblement vivant -c'est-à-dire chaotique, déroutant, ouvert à tous les possibles. Récit patient d'une idée fixe qui gagne du terrain, jusqu'à bientôt tout recouvrir, ce film brut, à l'os, pratique l'humour à froid comme ultime politesse du désespoir, et accentue l'ampleur de sa mélancolie glacée par un subtil travail de design sonore. Tantôt hyper proche des corps, tantôt ultra distante, la caméra de Hlynur Pálmason affectionne les fenêtres-écrans et joue de manière discrètement symbolique de la dialectique intérieur/extérieur, comme pour mieux dire que le monde sera toujours à l'image de ce que l'on ressent. " Un journal du matin suffira toujours à me donner de mes nouvelles", écrivait André Breton à la fin de Nadja. Suivant la même logique, la météo d' Un jour si blanc fonctionne véritablement à la façon d'une porte ouverte sur le déchaînement de tourments qui habite le coeur de son anti-héros vengeur. En résulte un objet gonflé qui fait le pari d'aérer sa matière purement narrative de trouées plastiques quasiment expérimentales à même d'éveiller un vertige existentiel auquel les paysages de bout du monde d'une Islande proprement fantomatique offrent un écrin parfaitement adéquat. Et ce qui pourrait d'abord passer pour une certaine raideur formelle de conduire vers une vraie et profonde expérience de cinéma.