Après trois albums parus sous son nom entre 2007 et 2013, sans succès commercial, Nathaniel Rateliff colle le nom de son groupe -The Night Sweats- au disque éponyme qui cartonne dès sa parution à l'été 2015. Le barbu girond né dans le Missouri (1978) y creuse l'éducation d'une famille de missionnaires rédempteurs, adeptes de gospel. Dans ces limites où un pedigree white, un rien trash, et l'abus d'alcool mènent rarement au succès, Rateliff évoque à la fois la soul enveloppée des Blues Brothers et l'éternel fantasme blanc d'incarner l'héritage historique de Sam & Dave ou Otis Redding. Signé chez le revenant la...

Après trois albums parus sous son nom entre 2007 et 2013, sans succès commercial, Nathaniel Rateliff colle le nom de son groupe -The Night Sweats- au disque éponyme qui cartonne dès sa parution à l'été 2015. Le barbu girond né dans le Missouri (1978) y creuse l'éducation d'une famille de missionnaires rédempteurs, adeptes de gospel. Dans ces limites où un pedigree white, un rien trash, et l'abus d'alcool mènent rarement au succès, Rateliff évoque à la fois la soul enveloppée des Blues Brothers et l'éternel fantasme blanc d'incarner l'héritage historique de Sam & Dave ou Otis Redding. Signé chez le revenant label Stax, Rateliff a pour lui un large coffre vocal éraillé et un jeu de hanches aussi élastique que la compo marquante de l'album de 2015. Le boulimique S.O.B. (pour Son of a Bitch) convoque d'irrésistible manière tout ce que les black sixties faisaient de plus performant . Aux États-Unis, l'album s'écoule à 500 000 copies et ailleurs, l'ex-buveur de whisky se fait un nom, chez nous compris, avec une fois de plus, davantage d'intérêt en Flandre qu'en Wallonie pour un son typiquement ricain. Le disque studio suivant, Tearing at the Seams sorti il y a deux ans, comme un live pétaradant de 2017 font tourner le nom Rateliff même si les ventes s'avèrent moins spectaculaires. Arrive donc en ce printemps compliqué And It's Still Alright, qui rompt avec le passé néo-soul enlevé de Rateliff. Ou plus justement, exploite le filon le plus mélancolique du chanteur déjà présent dans le funky/spleeneux I Need Never Get Old en 2015. Mais ce sillon, il le creuse, l'amplifie, le couche et l'accouche sur la quasi-totalité des dix nouveaux morceaux. Double raison majeure à cette accalmie rythmique, Rateliff a traversé des moments cruels en 2018: le classique d'une rupture amoureuse douloureuse. Et la perte de son ami, le producteur de l'album-carton de 2015, Richard Swift. Ce dernier ayant la triste idée de mourir à l'âge de 41 ans des suites d'une longue addiction à l'alcool. Pas étonnant que l'effet sur Rateliff soit à ce point marquant puisqu'il a lui-même longtemps vidé plus d'eaux fortes que minérales. Tout cela imbibe profondément les chansons qui renouent avec le folk-rock pratiqué à ses débuts solo. On s'y laisse aller comme on se laisserait porter par le courant vers le large où le calme, après la tempête, règne désormais. Peut-être. Le ton légèrement nasillard du chanteur, sa gorge profonde, coopte une guitare acoustique aussi confraternelle que la slide et les cordes, toboggan vers la célébration du camarade disparu. Et l'interrogation des mots: " They say you learn a lot out there, how to scorch and burn / Gonna have to bury your friends and then you'll find it get worse." Avec ses airs cosmiques de Van Morrison période Astral Weeks et des titres supérieurs (la plage titulaire, All or Nothing, Mavis, Rush On), And It's Still Alright fait d'ores et déjà partie des disques majeurs de tristesse et de résilience.