C'est en quelque sorte un rêve de mioche (de grand mioche) pour un fan belge de Tortoise et de The Sea and Cake que d'aller enregistrer à Chicago avec leur tête pensante John McEntire. Ce rêve, Boris Gronemberger l'a vécu éveillé en partant avec sa clique mettre On Rapids en boîte chez lui. Dans ce studio Soma où Stereolab ( Sound-Dust), Wilco ( Yankee Hotel Foxtrot) ou encore Bright Eyes ( Cassadaga) ont un jour posé leurs instruments et enfanté quelques fameux disques des années 2000.
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C'est en quelque sorte un rêve de mioche (de grand mioche) pour un fan belge de Tortoise et de The Sea and Cake que d'aller enregistrer à Chicago avec leur tête pensante John McEntire. Ce rêve, Boris Gronemberger l'a vécu éveillé en partant avec sa clique mettre On Rapids en boîte chez lui. Dans ce studio Soma où Stereolab ( Sound-Dust), Wilco ( Yankee Hotel Foxtrot) ou encore Bright Eyes ( Cassadaga) ont un jour posé leurs instruments et enfanté quelques fameux disques des années 2000. V.O. ne roule pas sur l'or et a dû casser sa tirelire. En réunissant les bénéfices engendrés par son deuxième disque, des aides toujours bienvenues de la Communauté française et forcément quelques économies, Boris Gronemberger, après avoir composé tout seul enfermé dans une maison des Ardennes à côté d'un camp militaire, s'en est allé pendant une vingtaine de jours dans la ville d'Al Capone et de Jim O'Rourke. Emmenant dans ses bagages son frère aîné Dimitri, ses comparses Aurélie Muller (ex-Soy Un Caballo), Ludovic Bouteligier (ex-Major Deluxe, Le Yéti), Cédric Castus, Jean-Philippe De Gheest (Joy as a toy) et Lisa Dangotte. " Je voulais un disque plus rock, plus direct et le résultat me semble effectivement plus dense", se satisfait Boris tout en parlant de pop orchestrale et en soulignant la timidité de son collaborateur américain. Soigné, riche, intimiste et un peu exigeant certes, mais tout sauf inaccessible, On Rapids flotte sur les eaux boisées, les remous cuivrés et les nappes jazzy d'une pop mélancolique très instrumentale que, pour la première fois, V.O. décline de temps à autre en français. " Je ne pense pas que notre musique soit élitiste. Je peux comprendre qu'on le pense mais ce n'est en tout cas pas comme ça que je la conçois. J'ai d'ailleurs l'impression de toujours proposer un ou deux morceaux fédérateurs. On me dit souvent que ce n'est pas le genre de bazar qu'on entend partout et en même temps plein de gens font des trucs comme nous." Le style de musique qu'aime et propose V.O. ne passe juste pas, ou peu (et tard), à la télé et à la radio. " L'industrie est de plus en plus formatée. Même dans le rock indé. La musique est aujourd'hui avant tout considérée comme un produit. Dans mes yeux, mes oreilles et ma démarche, elle reste un art. J'ai toujours fonctionné sans compromis. J'essaie des choses sans me fixer de limites." Cela fait douze ans déjà que Boris Gronemberger traîne ses basques dans le milieu. Il a appris le métier avec Françoiz Breut. Joué avec Grinberg, Venus, The Grandpiano, Chacda, Zop Hopop... Puis surtout caressé les batteries de Raymondo, groupe et disques que la Belgique finira bien par réévaluer. Et très tôt dévoilé un univers plus personnel sous le nom de V.O. A 34 balais (quatre piges ont défilé depuis la sortie d' Obstacles), le multi-instrumentiste patenté a eu le temps de mûrir et de réfléchir en se tirant sur la moustache -la plus belle de la scène belge- au sens de nos vies. Sur On Rapids, sans se prendre pour Bob Dylan et encore moins et heureusement pour l'affreux Bono, il s'engage, jette un regard amer sur son époque. " Je ne savais pas trop comment m'y prendre. Mes textes restent très poétiques mais entre les lignes, on voit je pense ce que je veux dire." Le titre de l'album est ainsi lié à la situation mondiale actuelle. " On ne sait pas trop où on va. On est comme sur une barque. Dans des rapides. On a peur du rocher. De le percuter. De se retourner. J'écoute l'actualité tous les jours. Ce que vivent la Grèce, l'Espagne, le monde, ça me désole et à la fois me fait flipper. Des chansons telles que Missing Part et When You See Red parlent de ça. J'espère sans pathos. " Réalisée par les Bruxellois de Playtime Films à qui l'on doit déjà des clips de Hoquets, d'Austin Lace, des Girls in Hawaii et même de Prodigy (via un concours), la vidéo de son single est plutôt évocatrice. " Elle montre des décennies de combats sociaux. Depuis 20 ans, on nous bassine avec la consommation. Cette idée, un leurre total, qu'il faut acheter pour être heureux. On jette le rêve au visage des gens mais on les emprisonne dans leurs idées et leurs envies..." Boris, lui, essaie de rester libre dans sa musique et dans sa tête. La preuve en VO... WWW.WEAREVO.COM LE 17/05 AUX NUITS BOTANIQUE AVEC WOODKID. ON RAPIDS, CHEZ HUMPTY DUMPTY/MATAMORE. TEXTE JULIEN BROQUET