Cela fait six ans déjà qu'on n'avait plus eu de nouvelles de Clinic. Depuis la réanimation de son album Free Reign tel qu'il avait été initialement mixé par le producteur Daniel Lopatin. Inactivité musicale. État stationnaire. Les Liverpuldiens s'étaient plongés dans un coma artificiel dont ils sortent aujourd'hui en mode électrochocs. Ah ah ah, oh oh oh, hi hi hi... Wheeltappers and Shunters se rapproche des morceaux courts, directs et nerveux que dégainait il y a quasiment 20 balais le band hospitalier. Wheeltappers and Shunters est une thérapie par le dancefloor. Cli...

Cela fait six ans déjà qu'on n'avait plus eu de nouvelles de Clinic. Depuis la réanimation de son album Free Reign tel qu'il avait été initialement mixé par le producteur Daniel Lopatin. Inactivité musicale. État stationnaire. Les Liverpuldiens s'étaient plongés dans un coma artificiel dont ils sortent aujourd'hui en mode électrochocs. Ah ah ah, oh oh oh, hi hi hi... Wheeltappers and Shunters se rapproche des morceaux courts, directs et nerveux que dégainait il y a quasiment 20 balais le band hospitalier. Wheeltappers and Shunters est une thérapie par le dancefloor. Clinic a conservé son côté cow-boy urbain, son penchant pour les films de Sergio Leone et les bandes originales d'Ennio Morricone. Ils se déhanchent et se bousculent toujours dans une usine abandonnée et lugubre de Liverpool. Le nom du disque vient d'une émission télé de variété: The Wheeltappers and Shunters Social Club, animé par Bernard Manning (une espèce de cousin de Benny Hill), qui recréait l'ambiance enfumée et arrosée des men's club du nord de l'Angleterre. C'est que l'album propose une vision satirique de la Grande-Bretagne, ses hauts et ses bas. Il s'interroge sur les années 70, souvent présentées comme des heures de gloire malgré leur côté sombre et pervers alors déjà clairement présent dans la culture populaire. Clinic remonte à l'époque où Blackpool, entre Coney Island à l'anglaise et Las Vegas de bord de mer, était la capitale du plaisir au nord du Royaume-Uni. Les temps ont changé. Au tournant du siècle dernier, la ville a été rebaptisée Darkpool et est devenue l'une des dix plus pauvres du pays. C'est même l'endroit où, selon les médecins, le Shit Life Syndrom (le "syndrome d'une vie de merde") est le plus développé. " Every day is a shit day. " " The best is yet to come." Comme souvent, les Liverpuldiens martèlent... S'il est un thème qui traverse l'album, c'est bien la quête et le sentiment d'évasion. Envers et contre tout. Plus nécessaire que jamais dans le contexte, le monde, l'Angleterre d'aujourd'hui. En 2016, Ade Blackburn et Jonathan Hartley s'étaient amusés avec Adrian Sherwood et avaient sorti le 20 avril (date de l'Oktoberfest de la marijuana) le formidable Neptune sous le nom d'Higher Authorities. Un album trippant, flottant, plus électronique, plein de drum machines célébrant la consommation de ganja... Précis, les chirurgiens nous reviennent aussi concis. Les morceaux durent maximum trois minutes. La voix reste étranglée, murmurée. Jouette, Clinic aime toujours épeler les mots ( D.I.S.C.I.P.L.E.) et intègre le sample d'une vieille pub pour le parc d'attractions Blackpool Pleasure Beach. Les Anglais sont des punks certes, mais des punks psychédéliques. Mixé par Dilip Harris (King Krule, Sons of Kemet...), ce huitième album est sans doute leur meilleur depuis Walking With Thee...