Relancé en 2018 par le succès surprise de BlacKkKlansman, Spike Lee s'est depuis multiplié sur les fronts les plus divers, puisqu'à la récente sortie sur Netflix du décevant Da 5 Bloods, où il renvoyait un groupe de vétérans afro-américains dans le bourbier vietnamien, devrait s'ajouter prochainement American Utopia, un documentaire inspiré du spectacle éponyme de David Byrne. C'est dans ce contexte de frénésie créative qu'Elephant a l'excellente idée de ressortir en combo Blu-ray/DVD Mo' Better Blues et Jungle Fever, deux films tournés par le réalisateur de Brooklyn à l'orée des années 90 . Ré...

Relancé en 2018 par le succès surprise de BlacKkKlansman, Spike Lee s'est depuis multiplié sur les fronts les plus divers, puisqu'à la récente sortie sur Netflix du décevant Da 5 Bloods, où il renvoyait un groupe de vétérans afro-américains dans le bourbier vietnamien, devrait s'ajouter prochainement American Utopia, un documentaire inspiré du spectacle éponyme de David Byrne. C'est dans ce contexte de frénésie créative qu'Elephant a l'excellente idée de ressortir en combo Blu-ray/DVD Mo' Better Blues et Jungle Fever, deux films tournés par le réalisateur de Brooklyn à l'orée des années 90 . Réalisé dans la foulée de Do the Right Thing, Mo' Better Blues opère dans un registre sensiblement différent, puisqu'il vient témoigner de la passion de Spike Lee pour le jazz. Le propos n'est bien sûr pas neutre, comme le rappelle Régis Dubois, exégète et auteur de Spike Lee: un cinéaste controversé, en bonus: c'est pour battre en brèche les stéréotypes négatifs sur les jazzmen charriés par des biographies comme 'Round Midnight de Bertrand Tavernier ou Bird de Clint Eastwood que le cinéaste se lance dans l'entreprise. Et de tracer le portrait de Bleek Gilliam (Denzel Washington), trompettiste génial obsédé par son art au point de négliger ses deux amours, mais aussi les intérêts du quintet l'accompagnant. Ce qui, combiné à l'addiction au jeu de son imprésario (joué par le cinéaste lui-même), va lui valoir de flirter avec les embrouilles... Le scénario ne brille sans doute pas par son originalité, et n'évite pas quelques clichés; Mo' Better Blues n'en recèle pas moins un charme indéniable, auquel la composition feutrée de Denzel Washington et la mise en scène fluide de Spike Lee ne sont pas étrangères. Jungle Fever renoue avec une matière plus corrosive: Flipper Purify (Wesley Snipes), un architecte afro-américain, y laisse tomber femme et enfant pour Angie Tucci (Annabella Sciorra), sa secrétaire d'origine italienne, liaison qui a le don de mettre en émoi tant Harlem que Bensonhurst, leurs entourages respectifs étant indistinctement travaillés par les préjugés racistes. Et le couple mixte d'être l'objet d'une pression sociale de chaque instant, quand ce ne sont pas des intimidations policières... Le film a ses longueurs, et n'est pas dénué d'une certaine ambiguïté (comme ne se fait faute de le souligner Régis Dubois dans son analyse), encore que le buraliste incarné par John Turturro vienne opportunément donner le change. Mais si Spike Lee a parfois le trait appuyé ou prévisible, Jungle Fever n'en décline pas moins son agenda sur un mode nerveux et souvent savoureux, non sans apporter la démonstration que le réalisateur est définitivement plus à l'aise dans la jungle urbaine que dans celle du Viêtnam...