En décembre dernier, dans sa traditionnelle liste des dix meilleurs films de l'année écoulée, le pape du mauvais goût John Waters ( Pink Flamingos, Hairspray) plaçait American Animals à la deuxième position, juste derrière le Jeannette de Bruno Dumont. Et lâchait, rigolard, à son propos: " La folie d'une bande d'adolescents est une belle chose à voir." Difficile de lui donner tort, tant il est vrai que le film de Bart Layton, Prix du Jury au dernier festival de Deauville et inexplicablement resté inédit en salles chez nous, fait de l'inconscience de ses jeunes (anti)héros le moteur élec...

En décembre dernier, dans sa traditionnelle liste des dix meilleurs films de l'année écoulée, le pape du mauvais goût John Waters ( Pink Flamingos, Hairspray) plaçait American Animals à la deuxième position, juste derrière le Jeannette de Bruno Dumont. Et lâchait, rigolard, à son propos: " La folie d'une bande d'adolescents est une belle chose à voir." Difficile de lui donner tort, tant il est vrai que le film de Bart Layton, Prix du Jury au dernier festival de Deauville et inexplicablement resté inédit en salles chez nous, fait de l'inconscience de ses jeunes (anti)héros le moteur électrisant d'un objet cinématographique audacieux et hors norme. Dans American Animals, Layton (le documentaire The Imposter sur l'usurpateur d'identités Frédéric Bourdin) s'intéresse en véritable petit laborantin du 7e art à l'histoire vraie de quatre étudiants lancés dans le projet de l'un des vols les plus improbables d'oeuvres d'art de l'Histoire des États-Unis -dont une édition rare des fameux Oiseaux d'Amérique de Jean-Jacques Audubon mais aussi un exemplaire de L'Origine des espèces de Charles Darwin, qui permet au réalisateur d'origine britannique de filer la métaphore évolutive et animale avec beaucoup de réussite. Au début des années 2000, en effet, dans la petite bourgade de Lexington, dans le Kentucky, Warren, Spencer, Chas et Eric trompent l'ennui en tirant des plans sur la comète: quelque chose d'excitant doit venir bousculer le cours ronronnant de leurs existences sinon promises à l'anonymat et la monotonie. La machination qui commence alors à germer dans leurs esprits est digne des plus empotés et barrés des affreux personnages chers au cinéma des frères Coen. Et son exécution à l'avenant... Mêlant fiction pure et témoignages volontiers contradictoires -voire même interventions directes dans l'action- des initiateurs bien réels du vol aujourd'hui devenus adultes, le film entend dépoussiérer la manière de porter des histoires vraies à l'écran. En résulte un percutant hybride de films de casse où les protagonistes se croient dans Ocean's Eleven et Reservoir Dogs quand ils sont au fond plutôt occupés à rejouer Dog Day Afternoon en mode losers à peine pubères. Posant la question des limites que l'on décide de se fixer ou pas, American Animals offre une vraie réflexion de fond sur la chimère populaire de vivre une vie moins ordinaire. Le fait divers ayant inspiré le film est en soi passionnant, et il y avait matière à en approfondir les enjeux comme les ramifications. Cette très basique édition Blu-ray ne propose hélas aucun bonus. Quelques semaines à peine après une projection unique d' American Animals dans le cadre du BIFFF à Bozar, elle tombe néanmoins à pic pour se familiariser avec l'univers joueur d'un cinéaste à ce point prometteur qu'il s'est offert le luxe de refuser de réaliser le prochain James Bond!