Rush
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Rush DE RON HOWARD. AVEC CHRIS HEMSWORTH, DANIEL BRÜHL, OLIVIA WILDE. 2 H 14. DIST: WARNER. 8 Au milieu des années 70, la Formule 1 était encore un spectacle et une compétition intenses, où abondaient les rebondissements et où s'affrontaient d'authentiques personnalités. Et de ces affrontements, un surtout marque les mémoires: celui qui opposa James Hunt et Niki Lauda lors d'un championnat (celui de 1976) parmi les plus disputés de l'Histoire du sport automobile. Le cinéma s'en est souvenu et Peter Morgan en a tiré un scénario en tous points remarquable. Ron Howard, qui avait déjà filmé avec bonheur un de ses scripts pour Frost/Nixon en 2008, s'est lancé le défi de le mettre en images. Ne bénéficiant pas (contrairement à son habitude) du soutien d'un studio majeur à Hollywood, le réalisateur et coproducteur a réuni plusieurs sociétés indépendantes pour obtenir un budget suffisant, 38 millions de dollars, loin tout de même de la centaine de millions jugée nécessaire par plus d'un spécialiste en matière de reconstitution à grand spectacle. Mais avant même d'envisager le tournage des Grands Prix et la logistique qu'elle suppose, Howard avait un double atout de choix: des personnages aux caractères diamétralement opposés, et une dramaturgie réelle dépassant la fiction. Dans la réalité déjà, cette saison menant au titre de champion du monde 1976 fut en effet hallucinante de bout en bout. James Hunt et Niki Lauda y luttèrent roue dans roue. Le Britannique beau gosse, sorteur et séducteur, amateur de champagne et de prise de risque, n'avait rien en commun avec l'Autrichien austère, froid et réservé, préparant ses voitures avec une précision d'horloger et rebelle au risque inutile. Chris Hemsworth et Daniel Brühl s'identifient à leur personnage et le jouent à merveille au fil d'un récit mettant habilement en scène une rivalité qui dépassa parfois les limites des circuits... Restait à filmer ces derniers, et les bolides lancés à toute allure dans des conditions météorologiques souvent dantesques. Là aussi, Howard réussit son pari, avec l'apport décisif du chef-opérateur Anthony Dod Mantle (Festen, 28 Days Later, Dogville, Slumdog Millionaire). L'ensemble donnant un film formidable, qui vous cloue à votre siège et vous fait faire des tours de pistes dans la tête bien après le générique final! Le rendu en Blu-ray est exceptionnel, les bonus ne sont pas terribles (il y a bien une interview de Lauda), mais ce tout petit regret n'est rien en regard d'un bonheur qui touchera même celles et ceux que la F1 n'intéresse pas d'ordinaire. LOUIS DANVERS