"Ceux qui représentent l'autorité ne sont plus crédibles." Au milieu des années 60, Ulrike Marie Meinhof n'est pas encore la passionaria de la RAF, la Rote Armee Fraktion. Elle est journaliste engagée à gauche et, sur le plateau de la télé publique ouest-allemande, elle exprime un sentim...

"Ceux qui représentent l'autorité ne sont plus crédibles." Au milieu des années 60, Ulrike Marie Meinhof n'est pas encore la passionaria de la RAF, la Rote Armee Fraktion. Elle est journaliste engagée à gauche et, sur le plateau de la télé publique ouest-allemande, elle exprime un sentiment -partagé par les intellectuels et universitaires- qui traverse la jeunesse: le pays n'a pas encore réalisé son sevrage du IIIe Reich. La nécessité de reconstruire une force industrielle et de ne pas céder face au nouvel ennemi à l'Est crée un contexte qui entend saper la conscience citoyenne et l'émergence d'une démocratie portée par la nouvelle génération. Une jeunesse allemande donne à voir et à entendre ce soulèvement dont on ne dit pas assez à quel point il a préfiguré et influencé celui de mai 68. Et dont la répression policière, brutale, additionnée à la surdité du monde politique et industriel, a favorisé la radicalisation de la Fraction armée rouge. Composé exclusivement d'images d'époque, dont celles du cinéaste Holger Meins, de l'école de cinéma DFFB inaugurée en 1966, sans autres commentaires que ceux des acteurs et observateurs du temps (dont un Godard ultralucide), ce documentaire précieux, clair et édifiant (Primé au Festival Cinéma du Réel 2015) affirme de manière implacable les dangers d'une amnésie résolue et rétablit un pan d'Histoire fort opportunément oublié ou travesti.