En France, c'est bien connu depuis le mitan des années 70, " on n'a pas de pétrole mais on a des idées". Le Musée de Flandre, à Cassel, en apporte la démonstration brillante aujourd'hui encore. Avec des petits moyens, l'institution s'est débrouillée pour mettre en ligne des contenus passionnants et originaux. " Du bricolage", ne manqueront pas de dire certains en écoutant les séquen...

En France, c'est bien connu depuis le mitan des années 70, " on n'a pas de pétrole mais on a des idées". Le Musée de Flandre, à Cassel, en apporte la démonstration brillante aujourd'hui encore. Avec des petits moyens, l'institution s'est débrouillée pour mettre en ligne des contenus passionnants et originaux. " Du bricolage", ne manqueront pas de dire certains en écoutant les séquences en question fabriquées avec les moyens du bord, à savoir une image façon PowerPoint pétrifié, des bruitages homemade et un enregistrement vocal de piètre qualité. S'il s'agit de bricolage, c'est alors dans le sens le plus noble du terme, celui que vantait Claude Lévi-Strauss, à savoir ce refus de sortir du sensible pour penser le sensible (exactement ce qui est à l'oeuvre quand, par exemple, on utilise la tête d'un marteau pour caler le pied d'une table). Sur la page Facebook du musée, on trouve une série de contes, douze très précisément, à écouter en famille juste avant le coucher. Chaque fois, le principe est le même: l'histoire déroulée s'inspire d'un tableau généralement représentatif de l'art flamand. L'auditeur attentif pénètre ainsi, à la faveur de récits variés inventés avec plus ou moins de réussite par les différents lecteurs, dans l'intimité d'une église telle qu'a pu la peindre Cornelis de Man (1621-1706), au creux d'un Paysage avec un château de Roelandt Savery (1576-1639), voire au milieu des champs d'une scène hivernale signée Gijsbrecht Leytens (1586-1656). Les minutieuses descriptions -elles durent en général cinq minutes- sont de redoutables machines à embarquer l'imagination. Il ne faut d'ailleurs pas être enfant pour se prendre au jeu et laisser son regard tourner aux quatre coins des toiles patiemment détaillées. L'impression qui domine est celle d'un voyage dans le temps. Celui-là même qui mène en douceur aux pays des rêves.