Encensé de Sundance à Cannes, Martha Marcy May Marlene, le premier long-métrage de Sean Durkin, n'aura pas bénéficié pour autant d'une sortie en salles en Belgique. Sa parution en DVD fait dès lors office de session de rattrapage d'autant plus bienvenue que ce drame psychologique vient nourrir l'hypothèse de l'émergence d'un nouveau cinéma indépendant américain. On pourrait en effet rapprocher le jeune réalisateur des Jeff Nichols, Debra Granik, et autres Kelly Reichardt, qui fut sa professeure à la Tisch School of the Arts de l'université de New York, sans même parler de son compère Antonio Campos, le réalisateur de Afterschool, avec qui il a fondé la société de production Borderline Films.
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Encensé de Sundance à Cannes, Martha Marcy May Marlene, le premier long-métrage de Sean Durkin, n'aura pas bénéficié pour autant d'une sortie en salles en Belgique. Sa parution en DVD fait dès lors office de session de rattrapage d'autant plus bienvenue que ce drame psychologique vient nourrir l'hypothèse de l'émergence d'un nouveau cinéma indépendant américain. On pourrait en effet rapprocher le jeune réalisateur des Jeff Nichols, Debra Granik, et autres Kelly Reichardt, qui fut sa professeure à la Tisch School of the Arts de l'université de New York, sans même parler de son compère Antonio Campos, le réalisateur de Afterschool, avec qui il a fondé la société de production Borderline Films. Ce projet, traçant le portrait sensible d'une jeune femme tentant de se reconstruire après avoir fui une secte, Durkin l'a mûri longuement. "J'ai écrit le scénario sur quelques années, nous expliquait-il lors du dernier festival de Gand, opérant des va-et-vient jusqu'à arriver à quelque chose qui me semble juste. " Et de revenir aux origines du projet: "Tout a commencé par mon désir de tourner un film moderne sur une secte, à l'abri des clichés. J'avais le sentiment qu'il y avait là un monde singulier, comme je n'en avais jamais vu au cinéma, et j'avais envie de l'explorer. " De lectures en rencontres, le c£ur du film se dégage, à savoir le voyage émotionnel d'une jeune femme à partir du moment où elle a tourné le dos à une secte dont le souvenir ne cesse cependant de la hanter. Soit, d'une part, le récit d'un processus "à induction lente" et, d'autre part, la confusion qui s'empare de Martha alors qu'elle fait face à la perspective, vertigineuse, de la reconstruction. Chemin faisant, Sean Durkin réalise Mary Last Seen, un court métrage que l'on retrouve sur le DVD et qui servira, en quelque sorte, de matrice à Martha Marcy May Marlene, en plus d'en apparaître comme le prologue. "Le court m'a aidé à mettre le long en forme, et à appréhender les mécanismes à l'£uvre. On y voit comment cette jeune femme est manipulée pour être conduite à la ferme. Le tout, en corrélation avec les étapes dont m'avaient parlé les gens que j'avais rencontrés, et qui étaient assez constantes: séparer une personne de sa famille et de la société, briser les inhibitions sexuelles ou physiques, bâtir la confiance, toutes étapes représentées par le court parce qu'elles ne se retrouveraient pas dans le long, mais auxquelles je tenais à consacrer un film. Je voulais aussi tourner un court-métrage afin de pouvoir l'adosser au scénario et l'envoyer en complément de celui-ci pour m'aider à monter le projet. Et il a fini par avoir une vie propre..."Le long-métrage colle, pour sa part, au plus près à Martha, dont il donne à partager l'immense détresse. Pour l'incarner, le réalisateur a fait appel à Elizabeth Olsen, s£ur cadette des jumelles enfants stars de Full House: "Je voulais une actrice inconnue, qui puisse se fondre dans le groupe lors de la première scène, ce qui serait apparu frelaté si on avait vu une star débarquer. J'ai rencontré une cinquantaine de comédiennes. Liz a été parmi les dernières à se présenter, mais elle dégageait quelque chose qu'aucune autre n'avait. Sa prestation dispense un sentiment de facilité, elle n'a pas à se forcer, cela lui vient naturellement. Et il y a tellement de choses derrière son regard." De fait, à sa suite, Martha... investit une zone de profondes turbulences. Et si Durkin cite Rosemary's Baby de Roman Polanski et Trois femmes de Robert Altman comme influences majeures, on n'est pas près d'oublier l'onde de choc laissée par le final, abrupt, de son film: "Dès lors que je prenais la décision de parler des deux premières semaines suivant sa fuite, une telle conclusion s'imposait. Question d'honnêteté." Dans la droite ligne d'un minimalisme singulièrement pénétrant... l RENCONTRE JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS