La tendance certaine dont parle dans son livre le réalisateur et écrivain Jean-Louis Comolli, ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, est celle qui pousse aujourd'hui à toujours plus de conformisme, poison de l'époque dicté par le marché et les financeurs télé. Celle, aussi, qui semble guidée par un attrait obsessionnel pour le neuf, po...

La tendance certaine dont parle dans son livre le réalisateur et écrivain Jean-Louis Comolli, ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, est celle qui pousse aujourd'hui à toujours plus de conformisme, poison de l'époque dicté par le marché et les financeurs télé. Celle, aussi, qui semble guidée par un attrait obsessionnel pour le neuf, pour une originalité en soi pourtant souvent bien relative, à même de s'attirer tous les superlatifs publicitaires. L'auteur, lui, préfère envisager le cinéma, et en particulier le cinéma documentaire, comme " un foyer d'exaltation des contradictions", comme " un outil pour comprendre notre propre altérité". Écrites entre deux confinements, les premières pages de l'ouvrage portent ouvertement la marque de la crise sanitaire traversée, et donc de la montée en flèche du virtuel -et du home cinéma- dans nos vies. Il y écrit très justement: " Le temps est venu d'une révolte contre la standardisation." Dans une langue vive et précise, Comolli s'insurge ainsi contre les pressions de la société marchande et son commerce aliénant de grossièretés jetables. Il condamne également ce qu'il appelle le " syndrome Strip-tease", et son pire rejeton, Ni juge, ni soumise, où le corps filmé est toujours source de moqueries et où se rejouent de méprisables rapports de domination. Il en appelle alors à un partage de dignité entre l'image et le regard, le sujet filmé et le spectateur, et défend ardemment un cinéma de la parole, de la pensée, " alors que la tendance est au film de situations, sinon d'action". D'une pertinence intellectuelle rare, voici un livre vibrant d'une âme généreuse, d'une vraie beauté, d'une grande douceur aussi.