Voilà une vingtaine d'années, déjà, que Claire Denis trace un sillon cinématographique singulier, un parcours qui l'a conduite de Chocolat en J'ai pas sommeil; de Nénette et Boni en Beau travail; de Trouble Every Day en 35 Rhums, soit quelques-uns des jalons d'une filmographie aussi personnelle que captivante. Parmi diverses lignes de force, l'Afrique y occupe une place de choix, la cinéaste ayant, dès Chocolat, exploré la réalité, historique et humaine, du continent de son enfance, en se défiant tout particulièrement des clichés. Ainsi encore de White Material, un film majeur ( voir la critique dans Focus du 30 avril) qui conduit le spectateur dans un Etat africain anonyme en proie à une rébellion armée, où Maria, une femme blanche refusant obstinément de voir l'agitation alentour, s'accroche à la plantation familiale. Claire Denis y plonge au c£ur du chaos post-colonial pour y enregistrer les soubresauts d'un monde sur le point de basculer; elle signe, ce faisant, un film dense et limpide, dont la dimension humaine est puissamment incarnée par Isabelle Huppert. Entre la réalisatrice et une actrice n'aimant rien tant qu'explorer les lignes de fracture, on en viendrait presque à s'étonner que la rencontre ne se soit pas produite plus tôt. Non d'ailleurs que l'envie ait fait défaut, comme ...