"Dans cette collection de morceaux, l'auditeur trouve les sonorités du piano, des synthétiseurs, des bandes, des percussions, du Wurlitzer, de l'orgue et de la voix, tous exécutés par Lawalrée. En utilisant ces instruments, Dominique crée des thèmes miniatures qui galopent au ralenti dans les enceintes, étirant notre habituelle sensibilité des dynamiques et des couleurs, élargissant sans effort l'effet planant de la stéréo. Enfantin dans son espiéglerie et surréaliste jusqu'à l'os." Cette approche de Dominique Lawalrée est incluse dans les habiles notes de pochette d'une compilation titrée First Meeting, datée de 2017 et ramassant des pièces de quatre albums du compositeur belge parus entre 1978 et 1982. La particularité de cette sortie vinyle? Elle est à l'initiative d'un label new-yorkais pointu -Catch Wave Limited/Ergot Records- et de son mentor, Britton Powell, musicien contemporain. C'est aussi l'un des rares disques de Lawalrée, format vinyle, trouvable actuellement à l'état neuf, les sites d'occase faisant danser les prix: jusqu'à 100 euros le 33 tours. Traces discographiques spartiates d'un homme au parcours multiple et déroutant, loin de la médiatisation. On le croise en février 2019 lors d'un voyage de presse à Édimbourg: sexagénaire rond, tranquille, réservé, il reste plutôt à l'écart du groupe. Comme il l'a, semble t-il, été du corpus généraliste des musiciens, même s'il en a professionnellement fréquenté quelques-uns. Par exemple le pianiste-compositeur Charles Loos, qui se rappelle: " Dominique était quelqu'un de totalement encyclopédique, un peu à la Marc Moulin, un puits de science extraordinaire. Très prolifique, musicologue, il a composé des centaines de pièces et avait une large connaissance de toutes les musiques. Il donnait des conférences brillantes, aussi bien sur les Beatles que sur Olivier Messiaen. Il était très méthodique, très exhaustif, très ouvert. Mais aussi assez foufou. Très croyant et aussi d'un optimisme spectaculaire, jamais de mauvaise humeur. Quand il était petit, il voulait devenir pape!"
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"Dans cette collection de morceaux, l'auditeur trouve les sonorités du piano, des synthétiseurs, des bandes, des percussions, du Wurlitzer, de l'orgue et de la voix, tous exécutés par Lawalrée. En utilisant ces instruments, Dominique crée des thèmes miniatures qui galopent au ralenti dans les enceintes, étirant notre habituelle sensibilité des dynamiques et des couleurs, élargissant sans effort l'effet planant de la stéréo. Enfantin dans son espiéglerie et surréaliste jusqu'à l'os." Cette approche de Dominique Lawalrée est incluse dans les habiles notes de pochette d'une compilation titrée First Meeting, datée de 2017 et ramassant des pièces de quatre albums du compositeur belge parus entre 1978 et 1982. La particularité de cette sortie vinyle? Elle est à l'initiative d'un label new-yorkais pointu -Catch Wave Limited/Ergot Records- et de son mentor, Britton Powell, musicien contemporain. C'est aussi l'un des rares disques de Lawalrée, format vinyle, trouvable actuellement à l'état neuf, les sites d'occase faisant danser les prix: jusqu'à 100 euros le 33 tours. Traces discographiques spartiates d'un homme au parcours multiple et déroutant, loin de la médiatisation. On le croise en février 2019 lors d'un voyage de presse à Édimbourg: sexagénaire rond, tranquille, réservé, il reste plutôt à l'écart du groupe. Comme il l'a, semble t-il, été du corpus généraliste des musiciens, même s'il en a professionnellement fréquenté quelques-uns. Par exemple le pianiste-compositeur Charles Loos, qui se rappelle: " Dominique était quelqu'un de totalement encyclopédique, un peu à la Marc Moulin, un puits de science extraordinaire. Très prolifique, musicologue, il a composé des centaines de pièces et avait une large connaissance de toutes les musiques. Il donnait des conférences brillantes, aussi bien sur les Beatles que sur Olivier Messiaen. Il était très méthodique, très exhaustif, très ouvert. Mais aussi assez foufou. Très croyant et aussi d'un optimisme spectaculaire, jamais de mauvaise humeur. Quand il était petit, il voulait devenir pape!" En Écosse, Dominique est là comme correspondant de la RCF (Radio Chrétienne Francophone) et personne, hormis l'envoyé de Focus, ne semble le (re)connaître. On discute alors du projet de faire prochainement un portrait qui remettrait en perspective un travail musical de 40 années riches et insulaires. Peine perdue, le 4 mai 2019, Dominique Lawalrée succombe à un AVC, à l'âge de 64 ans et des poussières. Sept mois plus tard, On se retrouve dans la cuisine où Claire-Annie Lawalrée a vu son mari arriver le matin du 2 mai, déjà dans un sale état. Même si Dominique avait des problèmes -coeur et diabète- sa disparition semble brutale, aussi précoce qu'injuste. La maison de plain-pied des Lawalrée, au bout du Brabant wallon, n'a pas de salon/salle-à-manger. Ou plutôt si, mais l'espace est ici intégralement occupé par des instruments et machines à musique. Y trônent un beau piano à queue, un gong, des claviers et synthés, et puis cet impérial Célesta -" un des trois existant en Belgique"(1) - que le couple est allé acheter en Allemagne. Claire-Annie, musicienne et petite-fille de compositeur, s'y assied et joue l'une de ses pièces, courte et lawalréenne. Alors que l'après-midi s'étire, Claire-Annie parle de l'homme de sa vie: " J'ai 19 ans et lui 17, on se rencontre dans une école supérieure de Namur qui forme des musiciens pour l'enseignement. La profession qui nous permettra à tous deux de vivre puisque tout le monde n'est pas Angèle (sic ). On va étudier tout ce qui tient à la composition et se marier en 1977. Le père de Dominique était chercheur scientifique, botaniste et il pratiquait la musique, jouant les 32 sonates de Beethoven. Gamin, Dominique l'écoutait derrière la porte, ce qui agaçait le papa. Peut-être parce que Dominique avait l'oreille absolue." Le premier album de Lawalrée paraît en 1976, trois ans après ses débuts de compositeur, et organise d'emblée un univers pluriel: Infinitudes comporte trois pièces, dont Solitudes oubliées, 24 minutes et 20 secondes où piano, orgue et percussions font le lien avec l'infini, celui de la douceur et de l'hypnose. D'une vision contemplative que semble illustrer l'autre morceau, titré -jamais sans hasard chez Lawalrée- De profundis...Le mitan des seventies n'est pas étranger au disque qui, loin du punk, se rapproche d'un autre phénomène britannique: les premiers travaux ambient de Brian Eno, incarnés dans l'album Discreet Music paru en novembre 1975. " Dominique et Brian se connaissaient, se sont vus et avaient l'un pour l'autre un vrai respect. D'ailleurs, il avait été question que Brian sorte un disque de Dominique sur son propre label." Au final, cela ne se fera pas mais c'est l'indice d'un intérêt pour Lawalrée chez les Anglo-Saxons. Peut-être parce qu'il partage des affinités électives avec des compositeurs tels qu'Eno, Gavin Bryars, Morton Feldman, sinuosités rattachées au minimalisme contemporain, à prendre comme terme générique extensible. Sans oublier l'ombre de Satie, dont l'élégance minérale comme les acrobaties pianistiques ludiques marquent Dominique: pas seulement dans son morceau Musique Satieerique, mais d'une manière vaporeuse et naturelle sur une large part de sa discographie. Boss de Crammed Discs et musicien dans les Tueurs de la Lune de Miel et Aksak Maboul, Marc Hollander est l'un des rares instrumentistes invités dans la discographie lawalréenne: il joue de la clarinette basse sur un morceau de Brins d'herbe, album de 1978, sur lequel Lawalrée remercie un certain Marc Moulin. Hollander, va aussi distribuer avec sa structure pre-Crammed, Recommended Records, Traces, le troisième album de Dominique. " Il faisait partie des artistes produisant des musiques pas forcément disponibles sur le marché, explique-t-il , il produisait des choses jolies mais que je trouvais un peu fades. Il avait quelque chose de l'amateur, dans le bon sens du terme." Si ses musiques sont parfois qualifiées d'" ameublement", on peut dire que la maison Lawalrée a des pièces aux multiples couleurs et fonctions. Outre sa constante production musicale -on parle de 500 compositions-, Dominique est un théoricien aux écrits savants. À propos des Beatles en 2014 et puis de Led Zeppelin l'année suivante, Lawalrée produits deux livres de décryptage musical pointu. Tous deux titrés Un guide pour les écouter et publiés chez Camion Blanc, éditeur français plutôt rock. Science de la note qui lui vaudra d'être engagé en musicologie à l'UCL, où il traite de l'analyse musicale. Cet éclectisme habite toujours la maison des Lawalrée, même si Dominique n'y est plus: dans son bureau sont soigneusement répertoriés des milliers de CD d'une large discographie transversale, allant du jazz au rock, en glanant de toute évidence le classique et l'expérimental. Dans le jardin de la maison brabançonne, une blanche vierge de plâtre semble attendre l'hiver. Compagne de la foi de naissance de Lawalrée, qui prend un autre tour lorsqu'il se rend en 1994 dans l'ex-Yougoslavie, alors démembrée par la guerre civile. Claire-Annie: " En Bosnie-Herzégovine, il a eu une sorte de révélation spirituelle. Il avait pratiqué la religion catholique jusqu'à l'âge de 25 ans, puis en avait délaissé la pratique. En revenant de là-bas, il a changé, s'est mis à prier. Avec l'idée de transcendance. Qu'il a mise également dans la recherche sonore, ce qu'il appelait la musique aléatoire. On a même fait un happening au Palais des Beaux-Arts. D'ailleurs, dans son désir de construire des sons, Dominique avait acheté le synthé de Vangelis..." Pour sa femme, Dominique a traversé trois périodes musicales: recherche, minimalisme et autour de la foi, allant volontiers chez les particuliers pour tester ses oeuvres. Certains musiciens captant au passage l'influence de Lawalrée: " C'est le cas, par exemple, de Wim Mertens, précise Claire-Annie, qui, lui, a adopté une démarche plus commerciale." En filigrane, le parcours personnel de Lawalrée définit une fière autarcie: dès ses débuts, il sort ses albums sous son propre label des éditions Walrus, devenant en 1992 -pour des raisons de droits liés au nom- Music Today. L'homme que sa femme définit comme " anxieux et taciturne" travaillera longtemps avec le même ingé son, Jean-Pierre Hermand -décédé lui aussi-, et goûtera, au fil de 40 ans de carrière, inégalement, à la reconnaissance. Par exemple lorsqu'il est invité à se produire à Brooklyn " dans une salle plus que pleine" en novembre 2017 ou lorsque les cinéastes belgo-américains Peter Brosens et Jessica Woodworth incluent sa musique dans la BO de leur film Khadak en 2006. Un de ses proches, Éric Mattheeuws, est curé de Rixensart: " Dominique était membre d'une fraternité laïque de l'ordre dominicain et il s'est d'abord investi dans l'église aménagée dans la Ferme de Froidmont. Jouant du piano, aussi avec des impros, par exemple sur un thème des Beatles, lors de trois messes dominicales accompagnant la liturgie. Il transpirait à la fois d'un très grand amour de la musique et d'une profonde spiritualité. C'était un homme discret, engagé et humble. Il exprimait la présence de Dieu et particulièrement avec sa musique qui était vraiment au service de l'intériorité. J'ai mis des années à savoir qu'il était musicien d'une certaine réputation. Mais la renommée ne l'intéressait pas. C'était quelqu'un de profondément tourné vers les autres." Drôle de paroissien? Sacré paroissien!