Frank Capra a signé plus de grands succès et Ernst Lubitsch bien plus de chefs-d'oeuvre. Mais, souvent comparé à ces deux autres maîtres de la comédie hollywoodienne, Leo McCarey n'en est pas pour autant réduit à la stature d'un petit maître. Pendant une décennie, du milieu des années 30 au milieu des années 40, il connut un fabuleux succès public et critique, collectionnant les Oscars (douze, dont trois du meilleur film et trois du meilleur réalisateur) et les entrées par dizaines de millions sans jamais cesser de développer une oeuvre personnelle. Ses débuts réuss...

Frank Capra a signé plus de grands succès et Ernst Lubitsch bien plus de chefs-d'oeuvre. Mais, souvent comparé à ces deux autres maîtres de la comédie hollywoodienne, Leo McCarey n'en est pas pour autant réduit à la stature d'un petit maître. Pendant une décennie, du milieu des années 30 au milieu des années 40, il connut un fabuleux succès public et critique, collectionnant les Oscars (douze, dont trois du meilleur film et trois du meilleur réalisateur) et les entrées par dizaines de millions sans jamais cesser de développer une oeuvre personnelle. Ses débuts réussis dans le burlesque muet avaient trouvé leur suite au temps du parlant avec des comédies souvent sentimentales et sophistiquées, complexes humainement et riches de nuances. Vite devenu son propre producteur, jouissant d'une liberté créative peu commune à l'époque, il fit de Ruggles of Red Gap (1935), The Awful Truth (1937), Love Affair (1939), Once Upon a Honeymoon (1942), Going My Way (1944), The Bells of St Mary's (1945) et An Affair to Remember (1947) autant de réussites artistiques et commerciales. Sans oublier -même si c'était une commande et qu'il ne l'aimait pas- le sommet d'humour décapant qu'est le génial Duck Soup avec les Marx Brothers. L'ouvrage collectif publié chez Capricci (éditeur hautement recommandable) vient à point pour remettre en lumière un McCarey quelque peu oublié de ce côté-ci de l'Atlantique. On y découvre qu'avant de devenir cinéaste, le natif de Los Angeles fut avocat, compositeur de chansons et même... boxeur professionnel, catégorie poids moyens. Rien de moyen par contre dans son ascension dans l'industrie du film, où le menèrent ses talents d'écrivain (donc de scénariste) mais où réalisation et direction artistique le virent rapidement s'épanouir. D'abord chez le fameux producteur Hal Roach, où il mit en scène des films du comique Charlie Chase avant d'être à l'origine du plus génial des tandems comiques: Laurel et Hardy. Avec eux, Leo McCarey expérimenta le "slow burn", développement lent et progressif d'un gag ou d'une situation comique partant de presque rien pour atteindre parfois des sommets de dinguerie par effet boule de neige. Il s'en souviendra plus tard, adaptant cette technique de base loin du slapstick, dans ses comédies les plus mémorables comme Ruggles of Red Gap ( L'Extravagant Mr Ruggles), sur les tribulations états-unisiennes d'un majordome on ne peut plus british joué par Charles Laughton, ou Love Affair ( Elle et lui) et son remake An Affair to Remember ( Elle et lui, encore), histoire d'amour drôle mais aussi touchante en forme de coup de foudre suivi d'un rendez-vous différé. Tous ces films étant tournés dans une grande improvisation, les pages de scénario n'arrivant aux acteurs que la veille ou le matin même du filmage de la scène...