Fondé en 1986, le label londonien World Circuit Records décroche, onze ans plus tard, la timbale avec l'album de Buena Vista Social Club, projet mené par l'américain Ry Cooder et des musiciens cubains vintage. À ce jour, le disque s'est vendu à plus de 12 millions d'exemplaires. World Circuit n'en est pas à sa première réussite commerciale. En 1994, le même Ry Cooder et le Malien Ali Farka Touré, associés dans Talking Timbuktu, vendent un million de copies à l'international. Histoire de dire que, ces deux dernières décennies, le patron de World Circuit, Nick Gold, a pu ...

Fondé en 1986, le label londonien World Circuit Records décroche, onze ans plus tard, la timbale avec l'album de Buena Vista Social Club, projet mené par l'américain Ry Cooder et des musiciens cubains vintage. À ce jour, le disque s'est vendu à plus de 12 millions d'exemplaires. World Circuit n'en est pas à sa première réussite commerciale. En 1994, le même Ry Cooder et le Malien Ali Farka Touré, associés dans Talking Timbuktu, vendent un million de copies à l'international. Histoire de dire que, ces deux dernières décennies, le patron de World Circuit, Nick Gold, a pu mener ses projets avec une certaine liberté financière et donc artistique. Produisant notamment les réussites discographiques d'Oumou Sangaré, Fatoumata Diawara ou Toumani Diabaté. On sait que le souvenir de Farka Touré (1939-2006) -le John Lee Hooker africain- est resté prégnant dans sa démarche qui consiste à donner le meilleur écrin possible aux générosité et convivialité innées des musiques africaines. Dès lors, pas vraiment étonnant que Nick Gold -ici associé à Damon Albarn- se pose en tant qu'executive producer de l'album d'Afel Bocoum, qui fit partie du groupe de Farka Touré, père musical, oncle familial et mentor spirituel. Tous deux venant de la même ethnie sonrai du centre du Mali, Niafunké, bordant le fleuve Niger. La notion fluviale est précisément ce qui peut caractériser une musique qui semble dériver au gré d'une chaleur inévitablement humide, tout en finissant toujours par regagner le port idéal: celui de l'auditeur, entraîné dans une redéfinition du temps comme du rythme. Embarqué dans le projet de l'album Mali Music et du groupe fluctuant Africa Express -patronnés par Albarn- Afel Bocoum n'a sorti qu'une poignée d'albums solo depuis son premier en 1999. Dont deux sur l'aventureux label afro-belge Contre-Jour de Michel De Bock. Onze ans après Tabital Pulaaku, voilà donc onze chansons fidèles au poste. Et donc à la guitare acoustique d'Afel, personnage principal d'une affaire qui survole les textures, les dessine, les embrasse et les enchante. Six cordes collées à la voix même de Bocoum, gorge rauque venue du désert pour s'abreuver au fleuve réparateur. Avec comme écho quasi-jumeau des choeurs féminins qui répondent en temps réel à l'organe du chanteur: 'tention, ça monte plutôt vite à la tête. Il y a dans cette musique qui ne renonce jamais à la répétition -d'incontournable essence- des éléments de shamanisme musical et un peu d'occidentalisation amenée par les producteurs artistiques Paul Chandler et Mark Mulholland. Qui, çà et là, ont rajouté des cuivres, notamment le chouette trombone de Vin Gordon, à la panoplie instrumentale malienne des njurkele, calabash, ngoni, kora et autre bolon. Sans oublier la visite du batteur millimétré Tony Allen, parti rejoindre l'autre grand fleuve le 30 avril 2020.