En dix ans de carrière ciné, un motif s'impose: celui du grand écart. Celle dont les jambes, justement, aujourd'hui affolent grandit d'abord chichement dans la ville portuaire de Berdiansk en Ukraine avant de devenir mannequin à 13 ans après avoir été repérée dans le métro moscovite, puis s'essaye au 7e art où elle explose en Bond Girl dans Quantum of Solace en 2008. Capable professionnellement de donner dans le full entertainment sans se départir en privé d'un noble sens de l'engagement, Olga Kurylenko allie élégance fauve et autodérision, abattage physique et sagacité. Une actrice complète donc, comme on pourrait le dire platement d'un pain du jour ou du riz brun, profil riche en fibres diverses et variées qui n'a certes pas complètement suffi à f...

En dix ans de carrière ciné, un motif s'impose: celui du grand écart. Celle dont les jambes, justement, aujourd'hui affolent grandit d'abord chichement dans la ville portuaire de Berdiansk en Ukraine avant de devenir mannequin à 13 ans après avoir été repérée dans le métro moscovite, puis s'essaye au 7e art où elle explose en Bond Girl dans Quantum of Solace en 2008. Capable professionnellement de donner dans le full entertainment sans se départir en privé d'un noble sens de l'engagement, Olga Kurylenko allie élégance fauve et autodérision, abattage physique et sagacité. Une actrice complète donc, comme on pourrait le dire platement d'un pain du jour ou du riz brun, profil riche en fibres diverses et variées qui n'a certes pas complètement suffi à faire d'elle une comédienne de tout premier rang, mais lui confère cette aura assez unique d'irrésistible interprète tout-terrain. Et ce, qu'elle s'aventure du côté du thriller bas du front (Hitman de Xavier Gens) ou du puzzle impressionniste (To the Wonder de Terrence Malick), du feuilleton mafieux (la série Magic City sur Starz) ou de la SF post-apocalyptique (Oblivion avec Tom Cruise), de l'espionnage "bondien" (The November Man de Roger Donaldson) ou du mélodrame historique (The Water Diviner de Russell Crowe). Rien que cette semaine, son goût tout symbolique pour les figures risquées de gymnastique la voit faire un drôle de pont entre une bonne petite comédie noire en salles (lire encadré) et une vilaine bourrinade décomplexée au rayon Blu-ray (lire page 25). Envie de brouiller les pistes? Flair épisodique? Simple volonté de se diversifier? Un peu tout ça à la fois, sans doute. "Parfois, en tant qu'actrice, le plaisir de jouer certaines choses très spécifiques prend le pas sur la question de la qualité elle-même, sourit-elle alors qu'on la retrouve aux abords placides de la bibliothèque de La Mamounia en décembre dernier à Marrakech, où elle officiait en tant que membre du jury international du Festival du Film. Les films d'action sont souvent réservés aux hommes. Mais moi je prends mon pied dans ce genre de rôle. J'ai adoré le tournage de Code Momentum, quoi que vous pensiez du résultat final." Aujourd'hui donc à l'affiche de A Perfect Day, Kurylenko y campe l'élément superviseur d'un groupe hétéroclite dépêché en Bosnie par l'ONG fictive Aid Across Borders aux derniers jours de la guerre. Concentré sur une période de 24 heures, le film s'amuse des limites et parfois même de l'absurdité totale de l'action humanitaire sur le terrain. Légèrement ironique quand on connaît la forte implication de l'actrice dans le secours aux enfants les plus démunis de son Ukraine natale. "C'est vrai (sourire), mais relativement différent. Mon rôle en tant que célébrité est plutôt d'attirer l'attention sur certaines causes essentielles. " Humaniste, philanthrope, mais pas forcément langue de bois pour autant: convaincue que le talent n'a pas de sexe, l'actrice ne cache par exemple pas sa lassitude, voire son énervement, face à une certaine victimisation féminine dans les milieux culturels. "Je le dis en tant que féministe convaincue, vraiment, mais toutes ces histoires de complot dont seraient victimes les femmes artistes, pas suffisamment représentées dans les festivals de cinéma ou autres, virent un peu à l'hystérie. En se focalisant sur cette question, on systématise le problème à l'extrême. Se plaindre de sa condition de femme aujourd'hui en Occident, ça peut parfois être un simple prétexte pour ne pas se prendre en main, et s'affirmer pleinement. Il y a quelque chose là-dedans de l'ordre d'un reliquat du passé que l'on prétend dénoncer, mais que l'on contribue de la sorte à perpétuer. Et tant pis si, pour le coup, mon discours peut sembler un peu raide." RENCONTRE Nicolas Clément, À Marrakech