Si l'on a beaucoup parlé du J'accuse de Roman Polanski ces derniers temps, c'est essentiellement pour des raisons n'ayant que fort peu à voir avec le cinéma, en définitive. Le film mérite pourtant amplement que l'on s'y arrête qui, porté par le cinéaste franco-polonais pendant près de sept ans, le voit renouer avec une inspiration qui faisait quelque peu défaut à ses opus les plus récents, les Carnage, Vénus à la fourrure et autre D'après une histoire vraie. Adapté de son propre roman An Officer and a Spy par Robert Harris, déjà auteur précédemment du scéna...

Si l'on a beaucoup parlé du J'accuse de Roman Polanski ces derniers temps, c'est essentiellement pour des raisons n'ayant que fort peu à voir avec le cinéma, en définitive. Le film mérite pourtant amplement que l'on s'y arrête qui, porté par le cinéaste franco-polonais pendant près de sept ans, le voit renouer avec une inspiration qui faisait quelque peu défaut à ses opus les plus récents, les Carnage, Vénus à la fourrure et autre D'après une histoire vraie. Adapté de son propre roman An Officer and a Spy par Robert Harris, déjà auteur précédemment du scénario de The Ghost Writer, du même Polanski, J'accuse (d'après le titre d'un article fameux qu'allait consacrer Émile Zola à l'affaire dans L'Aurore) revient sur le scandale qui devait déchirer la France de la Troisième République au tournant du XXe siècle. Un sujet abordé sous un angle original, puisque le film adopte le point de vue du colonel Picquart (Jean Dujardin, imposant dans un registre dramatique inhabituel), un officier qui devait jouer un rôle déterminant dans le dénouement de l'affaire. Pur produit de l'armée, Picquart avait contribué de bonne foi, fin 1894, à la condamnation suivie de la déportation à l'île du Diable du capitaine Alfred Dreyfus (Louis Garrel), accusé de haute trahison et d'intelligence avec l'ennemi -un coupable idéal eu égard au climat d'antisémitisme régnant dans la société française de l'époque. Promu à la tête du contre-espionnage, l'officier découvre que les preuves accablant Dreyfus avaient été fabriquées de toutes pièces. Peu suspect de sympathie à l'égard du condamné mais mû par le sens du devoir, il va remuer ciel et terre pour rétablir la vérité et obtenir une révision du procès ainsi que la réhabilitation d'un innocent. Et de se heurter à sa hiérarchie, la grande muette étant peu encline à reconnaître semblable erreur judiciaire, quand bien même le véritable coupable avait-il été identifié. Ce scandale politique, Roman Polanski le retrace à la manière d'un thriller. Et le film, en dépit d'une mise en scène au classicisme un brin poussiéreux, se révèle aussi efficace que passionnant dans son décryptage minutieux d'une affaire qui devait diviser la France d'alors. Le propos est, du reste, on ne peut plus d'actualité qui, dénonçant le fléau de l'antisémitisme comme les ravages de la désinformation, résonne forcément avec le monde d'aujourd'hui, en plus de faire écho à l'histoire personnelle du réalisateur. L'ampleur de l'oeuvre n'est pas à souligner, et c'est encore la modernité du sujet qui ressort de l'intéressant making of proposé en bonus DVD que, citant Bertolt Brecht, Polanski ponctue sur un avertissement: "La chienne qui enfanta le monstre est à nouveau en chaleur"...