"J'étais devenu l'assistant de Robert Wilson -fameux depuis son Einstein on the Beach créé en 1976 avec Philip Glass à Avignon- et nous étions à Hambourg occupés à monter cette production avec Lou Reed, Timerocker. J'assistais à la rencontre de deux dinosaures, de deux divas qui pouvaient se regarder dans les yeux et jouer avec le même volume d'ego (sourire). Wilson m'avait recruté, je crois, pour mon sens de l'organisation allemande et là, je me retrouvais sur scène en répétition à faire les choeurs derrière Lou Reed. C'était assez... étonnant pour moi, même si j'avais beaucoup chanté dans des chorales en Bavière." Ulrich Hauschild tient une année avec Wilson et part ensuite pour de nouvelles aventures musicales, toujours tenté par l'interdisciplinarité. "Wilson m'a appris à regarder une image, à comprendre l'usage de la lumière, l'impact d'une scénographie." En cette fin août, l'immense paquebot bruxellois de Bozar est encore assoupi dans ses reliefs de torpeur estival...

"J'étais devenu l'assistant de Robert Wilson -fameux depuis son Einstein on the Beach créé en 1976 avec Philip Glass à Avignon- et nous étions à Hambourg occupés à monter cette production avec Lou Reed, Timerocker. J'assistais à la rencontre de deux dinosaures, de deux divas qui pouvaient se regarder dans les yeux et jouer avec le même volume d'ego (sourire). Wilson m'avait recruté, je crois, pour mon sens de l'organisation allemande et là, je me retrouvais sur scène en répétition à faire les choeurs derrière Lou Reed. C'était assez... étonnant pour moi, même si j'avais beaucoup chanté dans des chorales en Bavière." Ulrich Hauschild tient une année avec Wilson et part ensuite pour de nouvelles aventures musicales, toujours tenté par l'interdisciplinarité. "Wilson m'a appris à regarder une image, à comprendre l'usage de la lumière, l'impact d'une scénographie." En cette fin août, l'immense paquebot bruxellois de Bozar est encore assoupi dans ses reliefs de torpeur estivale. La rencontre avec le filiforme de 46 ans prend place en un royal lieu: la discrète suite réservée aux têtes couronnées de passage au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. "Lors de votre Fête Nationale, j'ai rencontré vos deux rois et vos trois reines, ce qui est quelque chose d'assez compliqué à expliquer à mes copains allemands (sourire). Et non, je ne viens pas de la grande bourgeoisie: je suis né dans une famille plutôt modeste, conservatrice et catholique, de Bavière, partie de Munich quand j'étais gamin pour s'installer dans un village à 20 kilomètres au sud de la ville." Alors que la jeunesse allemande s'enflamme -dès le 2 juin 1967 lors de la visite du Shah d'Iran à Berlin-, Ulrich glisse dans une enfance fondée sur l'apprentissage et la beauté du classique comme celle du divin: "La messe a été longtemps obligatoire. Je pense que je crois, même si je suis sans doute trop rationnel pour faire confiance à tout ce que l'église propose (sourire). J'avais un rapport très intime avec la radio, j'écoutais religieusement les émissions, et aller au centre de la Bayerischer Rundfunk était pour moi une source de plaisir." Clarinettiste, saxophoniste, contrebassiste et chanteur, il est plus Bach que Kraftwerk, et quand il s'agit de passer son examen final d'économie à l'Université de Passau, Ulrich prend d'abord une retraite "de six semaines de concentration" dans un cloître. Après, le parcours de Hauschild croise des institutions et des noms pas forcément familiers pour le Focus freak: Robert Wilson donc, puis le flamboyant Gérard Mortier -ex-patron de La Monnaie- à Salzbourg, le Konzerthaus de Dortmund et même l'arrière-petite-fille de Richard, Nike (...) Wagner, à Weimar. "Je pense que c'est mon intérêt pour l'interdisciplinarité, le mélange des genres, qui m'a fait décrocher le job au Bozar", explique le célibataire cycliste établi dans Les Marolles depuis début 2013, la tête à peine brouillée par les sept heures de leçon de néerlandais du jour -bilinguisme d'institution culturelle nationale oblige. Francophone maîtrisé, Ulrich ponctue la conversation de "Ja" rythmés comme une parfaite tristesse de Mahler: "Je suis nommé depuis janvier 2013 mais cette saison-ci, la 2013-2014, était déjà programmée par mon prédécesseur, Christian Renard. Je travaille déjà aux années 2014-2015 et aux suivantes. Et j'ai quelques idées." Parmi celles-ci, désacraliser l'espace entre scène et public, sans pour autant rayer les velours de la Salle Henri Le Boeuf, noeud gordien du Palais complété par Victor Horta en 1928. "Il y a par exemple ce joueur d'oud français d'origine tunisienne, Smadj, qui va venir à quatre reprises à Bozar entre la fin septembre et la fin mai, et qui tentera d'aller beaucoup plus loin, notamment en mixant électronique et musique traditionnelle(1)." Si le jazz et les musiques du monde s'installent régulièrement au coeur du vaisseau amiral bruxellois -81 contre 208 classiques cette saison(2), le job majeur d'Ulrich est de moderniser l'image de la musique classico-élitiste associée à Bozar. Le grand patron du lieu, Paul Dujardin, a, depuis son arrivée en 2002, drôlement dépoussiéré l'antique institution patricienne où la dynastie de Léopold possède toujours une loge à l'année. Ulrich: "Il faut garder la tradition et ses ressources, mais c'est comme le pain, il faut le briser avant de le manger. Et il faut pouvoir enlever la cloche qui protège les reliques et comprendre que la musique classique, c'est comme rouler à vélo: on n'apprend pas sans tomber ni sans se faire des blessures. On va par exemple travailler avec un DJ classique, Raphael, qui passe non seulement entre les compositeurs mais aussi entre les siècles, on va éclater l'espace." La suite et le reste sur le blog perso du Munichois désormais Bruxellois, http://ulrichbozar.wordpress.com. (1) EN STRINGZ QUINTET (SIC) LE 29 SEPTEMBRE, WWW.BOZAR.BE (2) DONT UNE SEPTANTAINE SONT EXTERNALISÉS RENCONTRE Philippe Cornet