"Je photographie comme un documentariste, mais je fais mes tirages comme un peintre." Cette phrase de Todd Hido (1968, Kent, Ohio) en dit long sur l'univers magnétique puissamment pictural qu'il déroule depuis près de 30 ans. L'homme a initié son oeuvre dans les années 90, époque à laquelle il shootait la nuit de mystérieuses maisons de banlieue au moyen d'une chambre technique posée ...

"Je photographie comme un documentariste, mais je fais mes tirages comme un peintre." Cette phrase de Todd Hido (1968, Kent, Ohio) en dit long sur l'univers magnétique puissamment pictural qu'il déroule depuis près de 30 ans. L'homme a initié son oeuvre dans les années 90, époque à laquelle il shootait la nuit de mystérieuses maisons de banlieue au moyen d'une chambre technique posée sur un trépied. Les longs temps de pose -jusqu'à dix minutes- imposaient des prises de vue extrêmement fournies, denses. Petit à petit, Hido a basculé vers des paysages que l'on dirait "tremblés", les traquant aux quatre coins des États-Unis, depuis son pare-brise, sans jamais chercher à donner des pistes géographiques -elles rétréciraient l'émerveillement- au regardeur. Pluriel, il a également signé des portraits de femmes rencontrées par hasard et devenues par la suite des modèles identifiés de son travail -on pense à Christina dont le visage hante les murs du présent accrochage. Celui-ci livre toute l'étendue de la palette photographique de Todd Hido: scènes d'intérieurs, façades non remarquables dénichées dans un zoning miteux, maisons brumeuses, chemins de campagne qui ne mènent nulle part, neige rougie par des feux de stationnement... L'ensemble est fatidiquement cinématographique, on voyage dans des atmosphères qui rappellent tant Blue Velvet de David Lynch que Paris, Texas de Wim Wenders. Comme un frisson, les effets de cadrage traversent les images, entre plans rapprochés -un vieux téléphone décroché- et visions plus larges -un lit défait, une porte entrouverte. Chaque cliché, fondamentalement ouvert, ne se contente pas de suggérer une histoire. En raison de l'implacable cohérence des contours, tout un storytelling circule et relie la vingtaine d'images proposées. À chacun d'écrire le sien.