Le tumbleweed, sans que l'on n'en connaisse forcément le nom, a marqué l'imaginaire collectif. Songez à une scène de duel dans un western. Les champs et contrechamps se succèdent. Gros plan sur les yeux en sueur des deux protagonistes qui s'apprêtent à s'arroser de pruneaux. Puis, un cadrage plus large découpe les pros de la gâchette en présence sur fond de désert aride. Le suspense...

Le tumbleweed, sans que l'on n'en connaisse forcément le nom, a marqué l'imaginaire collectif. Songez à une scène de duel dans un western. Les champs et contrechamps se succèdent. Gros plan sur les yeux en sueur des deux protagonistes qui s'apprêtent à s'arroser de pruneaux. Puis, un cadrage plus large découpe les pros de la gâchette en présence sur fond de désert aride. Le suspense est à son comble... Lorsque l'un de ces buissons incongrus poussés par le vent s'offre une apparition à l'écran. C'est bien lui, le tumbleweed, un "virevoltant" comme on dit au Québec, soit une plante typique des milieux arides dont la séparation entre la partie hors-sol et la racine constitue un cas fascinant de migration végétale. De manière très habile, le photographe Johan Poezevara (1992, vit et travaille à Bruxelles) a fait de cette étrange xérophyte la métaphore de la culture populaire américaine qui a colonisé les quatre coins de la planète sans même avoir à nous poser un Colt sur la tempe. Diplômé de l'école supérieure des arts Le 75, Poezevara n'a pas son pareil pour nous faire prendre la mesure du zèle qui incite certains à faire ressembler le plus minable des bleds, la plus ordinaire des existences, la plus rouillée des caisses, à un film US. Pour ce faire, le Français n'a pas ménagé sa peine, allant jusqu'à pousser une pointe jusqu'au lieu européen consacré de l'Americana, à savoir le désert de Tabernas en Espagne qui a donné ses décors à un nombre impressionnant de westerns spaghettis. Le tout se déguste comme un road-movie enthousiasmant nous invitant à poser les questions essentielles: qu'est-ce qui fait que le pays de l'Oncle Sam exerce cette fascination sur nous? Pourquoi sommes-nous si prompts à quitter le sol ferme de nos racines pour adopter cet idéal coiffé d'un Stetson? La réponse est en vous.