Début 2015, le premier album éponyme de Natalie Prass débarquait avec une poignée de morceaux singuliers, suffisamment pour s'inscrire au palmarès final des disques de l'année, du New Yorker à Pitchfork, donnant également des fourmis aux jambes de Focus. La parfaite voix de souris émotionnelle de la jeune Américaine (née dans l'Ohio en 1986, installée en Virginie) y draine des chansons malignes au-delà de leur prime caresse rétro. À la manoeuvre sonore, Matthew E. White, wonderkid qui bricole initialement ses fantasmes crossover dans son grenie...

Début 2015, le premier album éponyme de Natalie Prass débarquait avec une poignée de morceaux singuliers, suffisamment pour s'inscrire au palmarès final des disques de l'année, du New Yorker à Pitchfork, donnant également des fourmis aux jambes de Focus. La parfaite voix de souris émotionnelle de la jeune Américaine (née dans l'Ohio en 1986, installée en Virginie) y draine des chansons malignes au-delà de leur prime caresse rétro. À la manoeuvre sonore, Matthew E. White, wonderkid qui bricole initialement ses fantasmes crossover dans son grenier de Richmond, Virginie. Logiquement, le même surdoué est rappelé à la manoeuvre de ce deuxième album bidirectionnel. En cause, l'histoire d'amour défaillante de Prass, qui suscite la naissance de chansons avant que ne frappe l'élection de Donald Trump. " J'étais dévastée et ça m'a fait me poser la question de la position de la femme en Amérique. Je savais que je m'en voudrais si je n'exprimais pas mes sentiments personnels. Donc j'ai décidé de réécrire le disque. Je devais faire un album qui me délivrerait de mon "funk" (littéralement, "la trouille", NDLR) et qui, je l'espère, libèrerait aussi les gens du leur, parce que c'est la fonction même de la musique." Ce que Prass explique est de l'ordre de la catharsis. L'amour en fuite est resté au coeur de quelques titres. Par exemple Never Too Late, prônant qu'un pari au passage d'une étoile pourra ramener le béguin flingué... Dans un style susurrant qui rappelle les câlineries de Minnie Riperton ou de Karen Carpenter, cette dernière inspirant de toute évidence Far From You, sensationnelle ballade mélancolique écoutée dix fois d'affilée. Littéralement. Cette merveille gorgée de cordes ramène elle aussi à la façon de faire des disques des années 70-80, sans que jamais, au final, les chansons ne soient prisonnières d'une quelconque époque. Merci à Matthew E. White, prestidigitateur de genres, mettant au service de Prass des humeurs aussi éclectiques que le gospel, le r'n'b et même des accointances avec les libertés fertiles du tropicalisme brésilien. Si d'autres parfums, de Dionne Warwick à Talking Heads, parcourent les chansons, Prass joue souvent la carte funky (le beat, cette fois, pas "la trouille") pour se rincer de toute la boue du moment. Que ce soit de ses propres faillites amoureuses ou des grotesques conservatismes de Trump. De ce début de millénaire anxiogène, Prass a décidé de faire un disque " de foi et d'optimisme" parfaitement incarné dans Sisters, où la chanteuse et ses choristes font aussi danser les idées. " I wanna say it loud/For all the ones held down/We gotta change the plan." Un disque qui, au final, fait du bien.