De Douglas Sirk, la postérité a surtout retenu les mélodrames flamboyants, ceux qui, de Magnificent Obsession (Le Secret magnifique), en 1954, à Imitation of Life (Mirage de la vie), cinq ans plus tard, devaient porter le genre à sa quintessence. Éditeur spécialisé dans le patrimoine, Elephant Films a l'excellente idée de ressortir aujourd'hui, sous l'appellation générique de "contes moraux", trois films tournés par le cinéaste à l'orée des années 50, avant que sa carrière ne prenne son orientation définitive.
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De Douglas Sirk, la postérité a surtout retenu les mélodrames flamboyants, ceux qui, de Magnificent Obsession (Le Secret magnifique), en 1954, à Imitation of Life (Mirage de la vie), cinq ans plus tard, devaient porter le genre à sa quintessence. Éditeur spécialisé dans le patrimoine, Elephant Films a l'excellente idée de ressortir aujourd'hui, sous l'appellation générique de "contes moraux", trois films tournés par le cinéaste à l'orée des années 50, avant que sa carrière ne prenne son orientation définitive. No Room for the Groom (1952), le premier d'entre eux, réunit Tony Curtis et Piper Laurie. Ils y campent Alvah et Lee, un couple se mariant en secret à Las Vegas, histoire de ne pas "alerter" la mère de la jeune femme. Une attaque de varicelle expédie toutefois Alvah à l'hôpital, qu'il quitte pour repartir aussitôt en mission en Corée. Et de découvrir à son retour, dix mois plus tard, que sa belle-famille squatte sa maison, la mère de Lee, ignorant tout du mariage, manoeuvrant en outre pour favoriser son union avec Herman Strouple, un industriel fortuné, incarnation d'un capitalisme triomphant. Soit la matière d'une comédie légère et enlevée, satire brocardant l'avidité avec mordant. L'argent, avec son pouvoir corrupteur, se trouve également au coeur de Has Anybody Seen My Gal? (Qui donc a vu ma belle?, 1952). L'action se situe durant la prohibition, dans une petite ville de l'État de New York. Et s'ouvre alors que Samuel Fulton (Charles Coburn), un milliardaire sans héritier, décide de laisser sa fortune aux descendants de son amour de jeunesse qui, en lui préférant un autre, lui avait ouvert le chemin des affaires. Mais de vouloir au préalable tester la famille, chez qui il vient s'installer incognito sous couvert de louer une chambre. S'ensuit une délicieuse comédie dans l'esprit d'un Frank Capra où, aux côtés de Coburn, irrésistible, on retrouve Piper Laurie et celui qui allait devenir l'acteur fétiche du réalisateur, Rock Hudson. Take Me to Town (La Séductrice aux cheveux rouges, 1953) présente un intérêt moindre. Ann Sheridan y est une danseuse de saloon qui, pour échapper à la police, se réfugie dans une petite ville que son arrivée aura le don de secouer. A fortiori dès lors que le pasteur du cru (Sterling Hayden), veuf depuis peu, l'accueille sous son toit pour s'occuper de ses trois enfants. Si le scénario torpille gentiment la bien-pensance hypocrite, on retiendra surtout du film qu'il constituait la première collaboration entre Sirk et Ross Hunter, le producteur des chefs-d'oeuvre à suivre. En bonus, une interview de Denis Rossano, l'auteur de Un père sans enfant, où il romançait joliment la biographie du cinéaste.