James Holden & The Animal Spirits
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James Holden & The Animal Spirits "The Animal Spirits" Distribué par Border Community/NEWS. 8 Rares sont les albums qui vous font à ce point voyager. On veut dire: de vrais trips immersifs, qui vous embarquent et ne vous lâchent plus, vous mettant la tête à l'envers, et vous emmenant là où vous ne pensiez pas forcément aller. Le 3e album de James Holden est de ceux-là. Une véritable orgie musicale pour oreilles curieuses. Pour rappel, le musicien électronique anglais s'était fait connaître au début des années 2000 avec un premier single techno intitulé Horizons -bricolé avec un PC à 500 livres et un logiciel gratuit, alors qu'il étudiait encore les mathématiques à Oxford. Quelques remixes plus tard -pour Britney Spears, Depeche Mode ou Madonna, entre autres-, et la voie, royale, semblait toute tracée: James Holden devait devenir le nouveau cador de trance, DJ superstar appelé à squatter la scène principale de Tomorrowland. Aujourd'hui, on n'en est plus là. De transe, il est certes toujours question ici. Mais celle que propose James Holden n'a pas grand-chose à voir avec les forains de l'EDM. Quand il a fallu trancher entre la possibilité d'enchaîner les blockbusters dance et celle de tracer une voie plus personnelle, l'Anglais n'a pas vraiment hésité. Il a choisi l'aventure. Ces derniers temps, elle est notamment passée par des concerts où l'électronique se mêlait toujours davantage aux instruments live. En 2014, cette démarche l'a amené par exemple à rencontrer et collaborer avec Mahmoud Guinia, légende marocaine de la musique traditionnelle gnawa. De cette association naîtra notamment l'EP intitulé Marhaba. Mais ce n'est pas la seule trace que le voyage à Essaouira a laissée sur James Holden. L'influence de la musique gnawa percole un peu partout dans The Animal Spirits. C'est évident sur un morceau comme Pass Through the Fire, qui calque sa rythmique hypnotique sur celle pratiquée par les descendants des anciens esclaves noirs; ou encore sur Thunder Moon Gathering, où pointent ce qui ressemble à des gaïtha, ces instruments à vent typiques du Maroc. La musique folklorique marocaine n'est cependant qu'une des sources auxquelles s'abreuve The Animal Spirits. Le krautrock en est une autre. James Holden explique aussi s'être donné pour repères les parcours de jazzmen aussi essentiels que Pharaoh Sanders et Don Cherry. Pour l'album, James Holden a ainsi tenu à tout enregistrer dans les conditions du live, en une seule prise, et en laissant énormément de place pour l'improvisation. A ses côtés, il a convoqué les multi-instrumentistes Marcus Hamblett et Liza Bec, le percussionniste Lascelle Gordon, le batteur Tom Page (du groupe RocketNumberNine) ou encore Etienne Jaumet (Zombie Zombie) au saxophone. Un album instrumental, et largement improvisé: voilà qui pourrait faire reculer certains. On tient pourtant à rassurer ceux qui craindraient le trip par trop cérébral. Tout passe ici au contraire par les tripes. En cela, The Animal Spirits porte bien son titre: il est à la fois sacré, spirituel, et complètement bestial. En concert le 8/04, à l'Ancienne Belgique, Bruxelles. LAURENT HOEBRECHTS