Locomotive de la scène musicale européenne, dans le meilleur des cas TGV pour le succès, le festival de découvertes Eurosonic a comme chaque année effectué en trois jours le tour du Vieux Continent. 42 salles, 345 groupes. Autant dire qu'il vaut mieux préparer son voyage à Groningen. Quitte à passer quelques nuits blanches à s'enfiler des projets souvent à la limite de l'écoutable. C'est qu'il s'agit d'éviter les excursions et les files inutiles... D'autant qu'en cette édition anniversaire, le festival néerlandais affiche complet sur toute la ligne. Une assistance cumulée de 42 100 spectateurs. 4 124 visiteurs aux conférences évoquant la place des femmes dans le business comme l'aide européenne aux salles de concert. 425 médias et journalistes. Et 37 radios publiques de l'UE. Mi-janvier, toute l'industrie a ses oreilles tournées vers Groningen. Son estomac secoué par la Grolsch et les produits suspects (oeufs frits en tête) vendus dans ses lumineux murs de croquettes.
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Locomotive de la scène musicale européenne, dans le meilleur des cas TGV pour le succès, le festival de découvertes Eurosonic a comme chaque année effectué en trois jours le tour du Vieux Continent. 42 salles, 345 groupes. Autant dire qu'il vaut mieux préparer son voyage à Groningen. Quitte à passer quelques nuits blanches à s'enfiler des projets souvent à la limite de l'écoutable. C'est qu'il s'agit d'éviter les excursions et les files inutiles... D'autant qu'en cette édition anniversaire, le festival néerlandais affiche complet sur toute la ligne. Une assistance cumulée de 42 100 spectateurs. 4 124 visiteurs aux conférences évoquant la place des femmes dans le business comme l'aide européenne aux salles de concert. 425 médias et journalistes. Et 37 radios publiques de l'UE. Mi-janvier, toute l'industrie a ses oreilles tournées vers Groningen. Son estomac secoué par la Grolsch et les produits suspects (oeufs frits en tête) vendus dans ses lumineux murs de croquettes. A Groningen, l'une des villes du pays où les déplacements à vélo sont les plus développés (attention danger, a fortiori au coeur de la nuit quand plus personne n'a soif), il y a des clubs dans tous les coins. Des petits, des gros. Des laids, des beaux. Le temps d'Eurosonic, une foultitude de lieux éphémères s'ouvrent par ailleurs au live. Magasins de disques, arrière-boutiques, maisons du café, galeries... Groningen est une ville trépidante et estudiantine. C'est même la plus jeune des Pays-Bas. Presque un habitant sur quatre y est inscrit dans une université et la moitié des citoyens ont moins de 35 ans. Logique donc, toute la profession grouillant pendant trois jours dans les parages, que le festival Off prenne de plus en plus d'ampleur. BB Sonic, Altersonic, Pleuropsonic, Jagersonic (où l'on croisera les Liégeois de Cocaine Piss, sorte de Perfect Pussy en plus énervés)... Euromoney, Tiny Shark Attack, Noise Soup'n Knowledge... Il y en a partout et pour tous les goûts. Focus a déblayé pour vous. Si les conditions d'écoute ne sont pas toujours idéales dans les clubs parfois très étriqués d'Eurosonic, certains décors magnifient encore les prestations qu'elles accueillent. Dans la gigantesque Der Aa Kerk, vertigineuse église du Moyen Age, le Franco-Libanais Bachar Mar-Khalifé a livré l'un des plus beaux concerts du festival. Diplômé du conservatoire de Paris, le pianiste, accompagné d'un bassiste et d'un batteur, y a défendu Ya Balad, troisième album marqué par l'enfance et la nostalgie. Fils d'un joueur d'oud, Marcel, icône de la chanson arabe au Moyen-Orient, et frangin de Rami, moitié du duo Aufgang, Bachar Mar-Khalifé est un passeport pour l'ailleurs. Un libre accès de l'ouïe. L'électro, le jazz, la musique traditionnelle arabe et classique s'y marient à merveille. Splendide. Créé en 2008, dans la foulée d'un voyage spirituel en Inde, par le Zurichois Fabian Sigmund, Fai Baba, projet solo présenté en groupe, est en train de devenir l'une des figures de proue de la scène indépendante suisse. Nourri par la mythologie sixties et seventies, son son chaud et organique, quelque part entre le Hanni El Khatib des débuts et un Timber Timbre helvète, le jeune trentenaire fait parler sa classe et son style dans la langue du lointain Ouest américain. Blues, rock, soul... Le plus grand trésor de Fai Baba, c'est sa voix. Une voix impeccable et changeante de crooner. Son dernier album en date, le quatrième, The Savage Dreamer, a été enregistré dans un ancien silo à grains au bord du lac des Quatre-Cantons. Sésame, ouvre-toi. Avec les Movie Star Junkies turinois et les Milanais de Calibro 35, les Florentins de Go!Zilla sont la preuve vivante, bruyante et décapante que l'Italie de la musique ne sonne pas nécessairement comme Laura Pausini, Jovanotti et Eros Ramazzotti. Punk, garage, stoner, son californien... Il y a un peu de tout ça chez ces excités qui doivent autant aux compilations Nuggets sixties qu'aux guitares grunge des années 90. La bête a sorti l'an dernier ses griffes et son deuxième album: Sinking in Your Sea. Un des groupes les plus rock'n'roll du festival et un hommage à Jay Reatard, six ans tout juste après sa disparition. Allô Barcelone? Ici Madrid. Les Catalans n'ont qu'à bien se tenir. Ça rocke et ça rolle désormais dans la capitale espagnole. Notamment grâce à ces Perroquets, Black Lips du soleil, Mujeres du Sud, qui ont grandi avec les nuggets, font du bruit dans leur garage et reprennent à l'occasion le tube péruvien Demolición de Los Saicos (ou le All My Loving des Lèvres noires et de King Khan, c'est selon). Dans leur élément au pays des coffee-shops (ils ont intitulé leur dernier EP Weed for the Parrots), Diego, Larry et Alex qui évoquent même parfois un Bob Dylan ont donné trois concerts (deux in, un off) à Groningen. Jouant notamment dans une brasserie toujours en activité. Leur premier album est prévu pour cette année. "C'est un peu comme Will Smith. Dès que tu le vois, tu as envie d'être son ami", vendait l'une de ses attachées de presse. C'est vrai qu'il a les vibes Woodie Smalls. Les vibes et un flow du tonnerre. Le rappeur de Saint-Nicolas (comptez une dizaine de bornes d'Anvers) vient de sortir à seulement 19 piges un disque de hip hop made in Belgium qui sent bon la vieille garde américaine (The Pharcyde, A Tribe Called Quest, De La Soul) et plus proche de nous l'univers d'un Joey Bada$$... Signé chez Sony, Woodie Smalls, qui "speake on the mic" depuis qu'il a six ans, balance ses titres en mode positive attitude flanqué d'un rappeur et d'un beatmaker rigolo. Du rap flamand à carrure internationale. On en reparle très vite. LE 13/02 À L'AB ET LE 19/02 AU CADRAN (LIÈGE). Autant les Anglais de The Jacques, avec leurs faux airs de Libertines attendant encore leurs poils au menton, nous sont tombés des bras, autant on avait envie de sauter dans ceux des Afterpartees. Les sautillants jeunes Hollandais n'ont pas inventé le fil à couper le shit, mais ils mouillent le maillot avec une joie communicative et des petites chansons expéditives aux versions assez irrésistibles. Entre punk, garage et powerpop, le coeur de ces petits agités balance. Comme les tubes de Glitter Lizard, leur premier album sorti l'an dernier, mêlant souvenirs d'enfance heureuse et vision du monde adolescente nihiliste. Fun fun fun... Ex-Pegasvs (ils ont dû changer de nom pour des raisons légales), Svper, c'est un peu Moon Duo sans l'électricité. Installés à Barcelone, Luciana Della Villa (originaire d'Argentine) et Sergio Perez Garcia (venu des Asturies) proposent une espèce de kraut électronique, de synth pop psychédélique sombre, qui ne cache par leur passion pour Neu!, Kraftwerk, Silver Apples, Psychic TV et Julian Cope. Le tandem se fait face en pianotant sur ses Korg et il ne se passe pas grand-chose sur scène mais on ne peut s'empêcher de tapoter du pied et de dodeliner. Un bon petit groupe d'after... Dans les festivals de showcases, chacun a sa manière de procéder. Il y a ceux qui ont jeté une oreille à tous les groupes et ceux qui se laissent porter par la vague. Ceux qui ne bougent pas d'une salle et ceux qui courent d'un lieu de concert à l'autre, grappillant dix minutes par-ci, un quart d'heure par-là, pour se faire une idée du plus de projets possible. Fews, qui se produira à Liège en première partie de la Fat White Family, attirant les curieux, on n'assistera qu'à la fin de leur concert. Un long morceau Sonic Youthien, sauvage et maîtrisé. Basés entre Malmö et Göteborg, ces trois Suédois et cet Américain qui ont fait produire leur dernier single (The Zoo) par Dan Carey (Franz Ferdinand, Warpaint, Bat for Lashes) et revendiquent l'influence de Paul Auster, René Magritte et Daniel Kessler (guitariste d'Interpol) envoûtent d'un postpunk kraut tournoyant. En attendant la suite... LE 03/03 AU REFLEKTOR (LIÈGE) ET LE 04/03 AU BEURSSCHOUWBURG. Tchéquie, Pologne, Lituanie... Après avoir mis l'Islande à l'honneur en 2015, Eurosonic braquait cette année ses projecteurs sur treize pays d'Europe centrale et de l'Est. Et à ce petit jeu, la Slovénie est parvenue à nous taper dans l'oreille. Un peu avec les Koala Voices (Talking Heads vs Patti Smith). Surtout quand sa chanteuse est à la guitare. Davantage avec Nikki Louder. Un trio noise radical porté par un batteur énooooorme. Juste parfait avant The K, Nikki Louder (oui oui, ça se prononce comme le pilote automobile autrichien brûlé au visage dans un accident de course) a sorti en décembre son quatrième album: Trout. "Finest ass-kicking noise rock from Slovenia", garantit un flyer. Tympans sensibles s'abstenir. Derrière ce nom, Middlemist Red, piqué à l'une des plus rares fleurs sur terre (elle ne se trouve que dans une serre britannique et dans un jardin néo-zélandais) se cachent quatre jeunes Hongrois dans le vent. Vainqueurs d'un grand concours pour jeunes talents au pays de Viktor Orban, Middlemist Red en a récemment remporté un deuxième (Young Guns), international celui-là, organisé par Deezer. Soma Nove (bandana rouge dans les cheveux) et ses trois potes aiment le psychédélisme de Black Angels et le rock fiévreux d'un Gun Club. Collectif catalan créé depuis plus de dix ans maintenant, Cabo San Roque se distingue par la création d'instruments expérimentaux à partir d'éléments aussi incongrus qu'une machine à laver et des morceaux de valise. Lui, à la guitare, a la classe rock'n'roll d'un Mauro. Elle, aux claviers, dans sa robe moulante, a le sex appeal d'une St Vincent. "Un concert, c'est un combat de boxe entre nous, avec pour arbitre la machine mécanique qui nous sert de batteur." Une drôle de bête comprenant notamment une machine à écrire pour une musique forcément bien barrée dans laquelle un imposant dispositif de caméras et d'écrans aide à pénétrer. Parfait pour les Ateliers Claus. Depuis la sortie de son formidable premier album, Rhapsode, on ne manque jamais une occasion de saluer les talents psychédéliques de Forever Pavot. Clippeur pour Disclosure, Dizzee Rascal et Alt-J, Emile Sornin partage en musique son amour des Zombies, de Vannier, de Morricone et de De Roubaix, sa passion pour la Library music, les musiques de film en général et celles de Giallo (genre de thriller érotique d'épouvante italien) en particulier. Autant un Jacco Gardner (qui comme lui enregistre ses albums en solitaire et tourne entouré) perd sur scène la magie onirique de ses disques, autant Sornin et son groupe donnent vie à leurs morceaux avec souffle et enthousiasme. Ce Pavot-là n'a définitivement rien de somnifère... TEXTE Julien Broquet