Il y a décidément quelque chose, dans le monde contemporain, qui chipote Francesco Masci. Ce quelque chose, il lui a donné un nom, sur lequel il tape depuis son premier livre, Superstitions (Allia, 2005): "culture absolue". Derrière ce terme qui fleure bon la théorie allemande, il faut entendre la manière...

Il y a décidément quelque chose, dans le monde contemporain, qui chipote Francesco Masci. Ce quelque chose, il lui a donné un nom, sur lequel il tape depuis son premier livre, Superstitions (Allia, 2005): "culture absolue". Derrière ce terme qui fleure bon la théorie allemande, il faut entendre la manière dont se trouvent aujourd'hui constituées les conditions d'une société "totale", voire même "totalitaire", autour de quelque chose comme une fiction généralisée. Nous ne vivrions pas dans un monde vrai, mais dans une sorte de simulacre, d'image fabriquée, que nous confondrions avec le monde -un peu comme les pauvres cobayes humains de The Matrix (ou, en remontant plus loin, les hommes enchaînés de la caverne de Platon). Dans Traité anti-sentimental, cependant, ce portrait aimablement paranoïaque du présent se trouve relu à partir de ce que Masci considère comme un tournant récent: celui, précisément, de l'appel à la réalité. Non contente de nous raconter des histoires, la culture absolue, appuyée sur son indispensable béquille, la "technique", ne cesse désormais de brandir le hochet conceptuel de la "réalité" à laquelle il faudrait nous plier, du "réalisme" dégonflant tous les idéalismes -entre autres révolutionnaires. Masci n'a pas de mots assez durs, ni de références assez chic, pour dire tout le mal qu'il pense de cette nouvelle surprise désagréable. Ce qui fait de son livre le plus élégant divertissement dont on puisse rêver à l'âge de la culture absolue.