Voilà près de 20 ans que Sufjan Stevens a fait son entrée sur la scène musicale indie américaine. Pour beaucoup, la première rencontre date de 2003, avec l'album Michigan. À l'époque, le musicien entamait ce qui aurait dû être un tour musical des States, passant en revue chacun des 49 autres États d'Amérique. Ce qu'il a fait en enchaînant avec Come On Feel the Illinoise, chef-d'oeuvre folk baroque et barré. Sufjan Stevens en restera cependant là. Le gimmick, un peu trop marketing, a vite laissé place à d'autres envies. Par exemple celle plus synthétique et personnelle de The Age of Adz.
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Voilà près de 20 ans que Sufjan Stevens a fait son entrée sur la scène musicale indie américaine. Pour beaucoup, la première rencontre date de 2003, avec l'album Michigan. À l'époque, le musicien entamait ce qui aurait dû être un tour musical des States, passant en revue chacun des 49 autres États d'Amérique. Ce qu'il a fait en enchaînant avec Come On Feel the Illinoise, chef-d'oeuvre folk baroque et barré. Sufjan Stevens en restera cependant là. Le gimmick, un peu trop marketing, a vite laissé place à d'autres envies. Par exemple celle plus synthétique et personnelle de The Age of Adz. Sorti en 2010, le disque correspondait en outre à la fin d'une ère politique: celle de George W. Bush, président de 2001 à 2009, dont les marottes néoconservatrices et la "guerre" contre le terrorisme auront marqué les deux mandats. Qui aurait cru qu'il serait un jour regretté, jusque dans le camp de ses adversaires démocrates? Depuis 2017, le fauteuil présidentiel n'a en effet jamais paru aussi agité et hors de contrôle. Que reste-t-il du fameux "rêve américain", une fois passé dans la matrice Trump? Sur America, le premier single issu de son nouvel album The Ascension, Sufjan Stevens donne sa réponse. Terrible, elle est à la hauteur de sa consternation: " I'm ashamed to admit I no longer believe" ...En début d'année, Sufjan Stevens sortait déjà Aporia. Échappée new age, elle pouvait sonner comme une fuite, un refuge dans des émotions plus personnelles. Avec The Ascension, il change de focale. Ayant désormais quitté New York, son horizon s'est dégagé. Et ce qu'il observe ne le rassure guère. Dans une récente interview à The Atlantic, il expliquait: " Fondamentalement, je suis un pessimiste... Pour la toute première fois, avec The Ascension , je raconte honnêtement ce que m'inspire le monde." Et ce n'est pas réjouissant. Pour l'occasion, il laisse tomber l'acoustique folk pour revenir à l'électronique. En ouverture, Make Me an Offer I Cannot Refuse démarre comme du Radiohead, période Amnesiac, pour terminer plus très loin des terres industrielles de Nine Inch Nails. L'ironie, grinçante, n'est jamais très loin. Comme sur Video Game: jouant avec les références pop, il y dézingue la course aux vues et aux clics, tout en proposant un clip dont la vedette est... Jalaiah Harmon, 14 ans, danseuse star de Tik Tok et Instagram. Plus loin, Death Star donne même l'impression de lorgner le Rhythm Nation de Janet Jackson! Toujours dans la même interview, Stevens explique: " Nous avons besoin d'entertainment, qui peut être quelque chose de pur et d'utile (...) Ce dont je parle, c'est surtout de l'indulgence que nous avons pour le culte de la personnalité, au point de faire d'une vedette de la télé un président." S'il ne perd pas totalement espoir ( Ursa Major), Sufjan Stevens a du mal à cacher ses désillusions. Comme sur les douze minutes d' America, où sa voix supplie en boucle " Don't do to me what you did to America" . Avant de se noyer dans le bourdonnement d'un drone...