On l'avait quitté sur un film un peu bizarre, où un Eric Cantona obèse jouait L'Outremangeur. On le retrouve un peu par surprise, une petite dizaine d'années plus tard, avec un film sensible et fragile sur les relations entre 2 jeunes gens séparés par la politique: une Franco-Israélienne et un Palestinien ( voir notre critique en page 31). Ce projet atypique autant qu'un peu risqué, Thierry Binisti s'y est attaché après avoir perçu, à la lecture du livre de Valérie Zenatti (1), " la possibilité de me...

On l'avait quitté sur un film un peu bizarre, où un Eric Cantona obèse jouait L'Outremangeur. On le retrouve un peu par surprise, une petite dizaine d'années plus tard, avec un film sensible et fragile sur les relations entre 2 jeunes gens séparés par la politique: une Franco-Israélienne et un Palestinien ( voir notre critique en page 31). Ce projet atypique autant qu'un peu risqué, Thierry Binisti s'y est attaché après avoir perçu, à la lecture du livre de Valérie Zenatti (1), " la possibilité de mettre le spectateur dans une situation qui serait impossible dans la vie réelle: être à la fois d'un côté et de l'autre, alors que l'on nous demande sans cesse d'être d'un côté, d'être de droite ou de gauche, d'être pro-palestinien ou pro-israélien" .Le cinéaste natif d'un Créteil où se mélangent, dans la banlieue parisienne, les classes et les origines, a eu fort à c£ur de " refuser cette obligation d'être pour les uns, contre les autres, à laquelle le manichéisme ambiant veut nous contraindre: mon film fait le pari de la complexité, en invitant le spectateur à confronter les convictions qu'il peut avoir en y entrant à un récit qui l'emmène des 2 côtés, où chacun exprime sa vérité et fait surtout un pas vers l'autre, chose extrêmement difficile dans un contexte où l'on vous répète que faire un pas vers l'autre, c'est trahir votre propre camp... " " Lancer une bouteille à la mer est un geste symbolique très fort, un geste porteur du désespoir que ressent l'adolescente, mais aussi en même temps de son désir de trouver une issue. C'est un SOS, derrière lequel s'exprime l'attente d'un changement, le fait que la personne qui trouvera la bouteille pourra répondre, et agir." Binisti aime cette idée de " déclencher, par un moyen des plus archaïques, une relation qui se déroulera ensuite par Internet, pure incarnation de la modernité... ". Il apprécie aussi que son héroïne " s'en remette au hasard, pour débloquer une situation en demandant au destin de jouer la partie, puisque tous les moyens raisonnés employés jusqu'ici n'ont rien donné de satisfaisant pour les populations concernées ". Symbolique aussi fut le souhait de composer, pour le tournage, une équipe où Juifs et Arabes, Israéliens et Palestiniens, soient rassemblés, non seulement à travers les acteurs (Agathe Bonitzer et Mahmoud Shalaby en tête) mais aussi dans le cadre de l'équipe technique. " On ne fait pas de cinéma pour séparer mais pour rassembler, conclut le réalisateur, le 7e art étant potentiellement le plus fédérateur qui soit, puisqu'il place les spectateurs à égalité, dans l'obscurité d'une salle, en les conviant à partager, côte à côte, l'émotion que le film peut faire naître." (1) UNE BOUTEILLE DANS LA MER DE GAZA, PARU EN 2005 AUX ÉDITIONS L'ECOLE DES LOISIRS. LOUIS DANVERS