"After Hours"

On ne pourra pas s'empêcher de noter: c'est au moment où, un peu partout, chacun se retranche chez soi pour échapper au virus que l'une des superstars les plus recluses de la planète pop sort son nouvel album. Dès ses débuts, il y a maintenant près d'une décennie, Abel Tesfaye s'est en effet présent...

On ne pourra pas s'empêcher de noter: c'est au moment où, un peu partout, chacun se retranche chez soi pour échapper au virus que l'une des superstars les plus recluses de la planète pop sort son nouvel album. Dès ses débuts, il y a maintenant près d'une décennie, Abel Tesfaye s'est en effet présenté comme un crooner solitaire, ruminant ses déceptions amoureuses sous opiacés. Samplant les groupes new wave, The Weeknd livrait une version gothique et paranoïaque du r'n'b qui a largement essaimé par la suite. Le Canadien a entre-temps pu ouvrir son jeu et donner des couleurs plus clinquantes. Quitte à se disperser (et perdre de son intérêt), il a rejoint le mainstream avec des cartons comme Can't Feel My Face ou I Feel It Coming. Avec After Hours, Tesfaye revient à une proposition autrement plus consistante. Certes, les fans de la première heure rechercheront toujours en vain les ambiances angoissantes des débuts. Épaulé par le hitmaker en série Max Martin, The Weeknd n'a en effet pas laissé tomber ses velléités de tubes ( Blinding Lights), mais désormais il s'éparpille moins. À ses côtés, on retrouve donc également Metro Boomin ou le producteur électronique expérimental Daniel Lopatin. D'où un disque soniquement passionnant, à la fois limpide et complexe, maniant les références eighties (le slow crapuleux Scared to Live, citant Elton John), voire un certain mauvais goût (le saxo baveux de In Your Eyes), avec une perversité à vrai dire assez jouissive.