Cinq août 1977, jour J moins onze de la mort d'Elvis. Hôpital de Braine-l'Alleud, une chambre de la maternité, lumière boréale, température corporelle selon la méthode Leboyer (1), Gaëtan vient de sortir du ventre de Léa Maroussia, les infirmières déposent le nouveau-né bronzé sur le corps maternel avant la pesée. Déjà une histoire de rythme, d'estomac et de peau. Son père rwandais n'est pas là, parti au ciel ou ce qui en tient lieu. Trente-quatre ans et sept mois plus tard, on reçoit le premier album solo ( lire critique page 35) de l'ancien bébé belgo-ukraino-africain devenu chanteur pop: les morceaux donnent l'impression d'avoir été baignés dans l'océan pendant un siècle, en lévitation, denses comme de la pierre de lune mais capables de légèreté mousseline. Les ch£urs et les instruments marinent une forme de douceur tiède, des dauphins mélodiques passent, on est content de prendre l'air. Mais qui est ce type dreadlocké qui se met en pochette comme u...

Cinq août 1977, jour J moins onze de la mort d'Elvis. Hôpital de Braine-l'Alleud, une chambre de la maternité, lumière boréale, température corporelle selon la méthode Leboyer (1), Gaëtan vient de sortir du ventre de Léa Maroussia, les infirmières déposent le nouveau-né bronzé sur le corps maternel avant la pesée. Déjà une histoire de rythme, d'estomac et de peau. Son père rwandais n'est pas là, parti au ciel ou ce qui en tient lieu. Trente-quatre ans et sept mois plus tard, on reçoit le premier album solo ( lire critique page 35) de l'ancien bébé belgo-ukraino-africain devenu chanteur pop: les morceaux donnent l'impression d'avoir été baignés dans l'océan pendant un siècle, en lévitation, denses comme de la pierre de lune mais capables de légèreté mousseline. Les ch£urs et les instruments marinent une forme de douceur tiède, des dauphins mélodiques passent, on est content de prendre l'air. Mais qui est ce type dreadlocké qui se met en pochette comme un rasta tropical alors que l'image est saisie dans la campagne de Dolembreux, à deux jets de sauce lapin de Liège? Les avertis de la Cité Ardente pop ont déjà repéré le nom de Gaëtan Streel sur une poignée de productions locales, ingé son-mixeur-arrangeur ou simplement instrumentiste chez Dan San, MLCD ou Piano Club. Plus en 2007, un album électro-rock sous le pseudo Me And My Machines. Gaëtan vit en face d'une succursale de la justice liégeoise, au pied de parkings destinés aux véhicules cellulaires. D'ailleurs, on embarque deux mecs menottés alors qu'on sort de la pâtisserie où il entretient ses habitudes saccharinées. Gaëtan habite au second étage escarpé d'une maison fin XVIIIe siècle: chez lui, c'est plancher vintage et accessoires numériques. La combinaison des deux, justement, constitue le nid des trois-quarts de l'album. "En travaillant avec les autres, j'ai parfois trouvé que la musique était diluée dans trop d'arrangements, le plus étant l'ennemi du bien: si le terme n'était aussi laid, je dirais qu'il y a souvent trop de poildecultage." Méthode Coué, Gaëtan saisit ses chansons, parfois trimballées depuis une décennie, et les enregistre home made: le bois du sol vibre jusque dans la voix, un marronnier feutré et ami, apte à hanter les refrains, beaux comme des feuilles automnales. Les murs de l'appart, qui ne disent rien depuis plus de deux siècles, ont recouvert la musique d'une pareille dose de vie new-old. Dans sa volonté d'" aller à l'essentiel", le chanteur-compositeur met pop music et volupté face à face, peu étonnant dans la mesure où ce premier galop prend la température émotionnelle du trentenaire. Frôlant à cinq reprises au moins des histoires d'amour, dont quatre déclarées autobios (...): Gaëtan (dé)compte le temps, énoncé dès le titre, One Day At A Time. Pour quelqu'un qui se définit comme " anti-monomaniaque, un peu boulimique", incapable de ne pas cumuler plusieurs activités, ce projet est un hammam perso, un refuge, sa cabane au fond des bois. Là où un vieux Freud embusqué aurait quelques pistes à discuter avec l'ancien étudiant en philo des sciences reconverti en informatique. La première pourrait être celle des racines. D'un métissage qui n'est pas celui de la vie vécue: "Je ne veux pas trop parler de cela, mais je n'ai jamais connu mon géniteur, je ne connais rien de l'Afrique et je ne joue pas de reggae (sourire)." La seconde piste pourrait être celle des langues et d'une éducation naturellement multiculturelle: les parents sont universitaires et puis il y a maman Maroussia, qui revient plusieurs fois dans la conversation. " Ma mère est d'origine ukrainienne mais elle n'a véritablement commencé à s'intéresser à ses racines que dans les années 90: docteur en médecine, elle s'est alors mise à l'étude du russe jusqu'à devenir traductrice-jurée, c'est-à-dire apte à travailler sur des documents officiels. Sinon, elle jouait aussi de vieux airs slaves ou tziganes à l'accordéon." Ajoutez-y une demi-s£ur voyageuse qui a habité à Londres, une autre sculpteuse à Bruxelles -avec laquelle il bidouille actuellement une installation interactive(2)- et vous obtenez un magma chaud de confluences diverses. Aussi, un " travail sur la langue" qui donne ce disque mais qui aurait pu générer un autre support linguistique: " J'ai l'amour du français comme de l'anglais, j'étais persuadé que ma première production serait un livre, genre l'essai que l'on sort à 18 ans (sourire). Je continue à écrire, des fragments, peut-être pour ma première nouvelle, à paraître dans cinq ans! (sourire) " En attendant, il pense à rédiger un livret-guide des morceaux à donner en concert où c'est un groupe de huit musiciens-chanteurs qui incarne ce premier album d'une large ardeur d'avance sur ce qui se fait généralement au royaume de Mr Di Rupo. (1) GYNÉCOLOGUE ET OBSTÉTRICIEN FRANÇAIS QUI A DONNÉ SON NOM À UN TYPE D'ACCOUCHEMENT EN DOUCEUR (2) WWW.NADIABERRICHE.BE RENCONTRE PHILIPPE CORNET