Sweet Charity
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Sweet Charity DE BOB FOSSE. AVEC SHIRLEY MACLAINE, JOHN MCMARTIN, RICARDO MONTALBAN. 1969. 2 H 30. DIST: ELEPHANT. 7 Car Wash DE MICHAEL SCHULZ. AVEC RICHARD PRYOR, FRANKLYN AJAYE, THE POINTER SISTERS. 1976. 1 H 37. DIST: ELEPHANT. 6 Xanadu DE ROBERT GREENWALD. AVEC OLIVIA NEWTON-JOHN, GENE KELLY, MICHAEL BECK. 1980. 1 H 36. DIST: ELEPHANT. 3 Il en va de la comédie musicale comme du western: à peine son arrêt de mort est-il prononcé qu'il se trouve un réalisateur pour lui redonner des couleurs -ainsi, tout récemment à Venise, de Damien Chazelle avec le formidable La La Land. Elephant Films a pour sa part l'excellente idée de rééditer, en versions restaurées, trois films cultes traduisant les mutations que devait connaître le genre au crépuscule des années 60 et tout au long de la décennie à suivre. Premier film de Bob Fosse, Sweet Charity ouvre le bal sur une partition empruntant encore largement au musical classique. Inspiré des Nuits de Cabiria de Fellini, le livret relate l'histoire de Charity (Shirley MacLaine), taxi-girl évoluant dans un bouge de New York mais rêvant du grand amour, en dépit de déconvenues à répétition. A sa suite, Fosse s'adonne à un séduisant mélange des genres, injectant le groove de l'époque dans le faste des chorégraphies, pour signer, en dépit de longueurs, une réussite annonçant celle de Cabaret. A voir bonus compris, au rang desquels une interview de la légendaire costumière Edith Head... Tourné une demi-douzaine d'années plus tard, Car Wash conjuguait le musical au disco. S'il n'y a plus guère de numéros dansés, la musique (avec notamment le tube éponyme de Rose Royce) est omniprésente, les DJ's de la station KGYS rythmant le quotidien des employés, noirs pour la plupart, d'un car wash de Los Angeles. Réalisateur venu de la blaxploitation, Michael Schulz signe le portrait de cette petite communauté qu'il accompagne le temps d'une journée. Au-delà de sa dimension sociale, Car Wash s'inscrit aussi dans un air du temps insouciant, vibrant au beat d'une bande originale décoiffante et faisant défiler jusqu'aux Pointer Sisters, superstars disco accompagnant Richard Pryor, lequel campe un prédicateur capitaliste, Daddy Rich -tout un programme... Sorti à l'été 80, Xanadu capitalisait, de son côté, exclusivement sur la présence d'Olivia Newton-John, consacrée star deux ans plus tôt à la faveur de Grease. Elle reprend ici le rôle que tenait Rita Hayworth dans Down to Earth d'Alexander Hall, muse descendue de l'Olympe pour aider un peintre (le transparent Michael Beck) à réaliser ses rêves. Soit un livret minimaliste qui, passé à la moulinette du disco, du roller-skate et de décors flashy, tend à l'aberration typiquement eighties, temple du mauvais goût où s'est curieusement égaré l'immense Gene Kelly. Robert Greenwald ambitionnait, en effet, de réaliser un crossover entre musical classique et moderne (citant notamment For Me and My Gal de Busby Berkeley, dans un rare moment de grâce), pour ne torcher en définitive qu'un hybride particulièrement indigeste, à considérer tout au plus comme une curiosité... JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS