Derek Simonds a conçu The Sinner comme un thriller anthologique: une intrigue par saison, avec une personne suspecte en son centre. D'abord Jessica Biel puis Carrie Coon et enfin ici Matt Bomer dans le rôle de Jamie Burns, jeune professeur de collège, futur papa dont le passé trouble revient frapper de manière...

Derek Simonds a conçu The Sinner comme un thriller anthologique: une intrigue par saison, avec une personne suspecte en son centre. D'abord Jessica Biel puis Carrie Coon et enfin ici Matt Bomer dans le rôle de Jamie Burns, jeune professeur de collège, futur papa dont le passé trouble revient frapper de manière fort inopportune à la porte, sous les traits d'un ancien ami, Nick Haas, lequel décède quelques heures plus tard dans un accident de la route qui a tout d'un homicide. Dans les tourments sociétaux qu'elles libèrent avec élégance, les trois saisons sont reliées par le personnage de Harry Ambrose (suprême Bill Pullman). Détective lunaire apparu en première saison, il a pris de plus en plus de place d'un récit à l'autre. Très tôt arrivé sur les lieux de l'accident qui a coûté la vie à Nick et a envoyé Jamie à l'hôpital, il se charge de l'enquête et ne quitte plus ce dernier. Un peu à la manière d'un Columbo, il tente de le confondre. Sauf que les souffrances de son suspect, fulgurances effrayantes, agissent en miroir des siennes et révèlent ses propres démons. Le récit s'empare de l'aphorisme 146 de Nietzsche dans Par-delà le bien et le mal: "Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l'abîme regarde aussi en toi." Vulnérabilité, échec, souffrance, déni, mort et distractions modernes sont les pièces d'un puzzle amoral saisissant et toujours aussi harmonieusement réalisé.