Il a souvent été dit, par Scorsese notamment, qu'avec The Last Picture Show, Peter Bogdanovich avait été le dernier à réaliser un film classique américain. Ultime récit d'une ère arrivée à son terme, celle d'un Hollywood vieillissant dont les coutures rigides sont alors occupées à céder? Si l'intéressé réfute sèchem...

Il a souvent été dit, par Scorsese notamment, qu'avec The Last Picture Show, Peter Bogdanovich avait été le dernier à réaliser un film classique américain. Ultime récit d'une ère arrivée à son terme, celle d'un Hollywood vieillissant dont les coutures rigides sont alors occupées à céder? Si l'intéressé réfute sèchement l'idée, force est de constater qu'en 1971, le film fait figure d'exception, voire carrément d'anomalie, en choisissant de regarder dans le rétro alors que chacun semble occupé à s'emparer des revendications de l'époque. The Last Picture Show situe en effet son action au début des années 50, dans une petite ville perdue du Texas, pour une chronique de la ruralité désenchantée qui est aussi en quelque sorte l'ancêtre du "teen movie" tel qu'on le connaît aujourd'hui. Il est ainsi tentant de voir dans ce chef-d'oeuvre doux et dur à la fois une forme d'hyper-cinéma, de méta-film sur le passage pas forcément joyeux, ni forcément souhaité par Bogdanovich lui-même d'ailleurs, de l'âge d'or d'une Amérique fantasmée à la contre-culture affranchie des dogmes du Nouvel Hollywood. En tension permanente entre la pudeur et l'impudeur, l'ennui et le désir, le noir et blanc glacé d'une forme épurée et la volonté d'une représentation très émancipée de la sexualité, The Last Picture Show, drame choral où l'amour blesse et déçoit plus qu'il n'apaise et libère, est traversé par une onde persistante de belle et intense mélancolie. Hors du temps, tout simplement.