"Back Roads and Abandoned Motels"

Dans les années 80, la scène alternative country/cowpunk déringardise les sonorités premières de Nashville en y injectant du rock, de préférence mélodique. La formule selon Lone Justice cartonnera commercialement, celle des Jayhawks un peu moins, tout en cernant une identité depuis lors volontiers labellisée ame...

Dans les années 80, la scène alternative country/cowpunk déringardise les sonorités premières de Nashville en y injectant du rock, de préférence mélodique. La formule selon Lone Justice cartonnera commercialement, celle des Jayhawks un peu moins, tout en cernant une identité depuis lors volontiers labellisée americana. Formés dans les Twin Cities -Minneapolis-Saint Paul-, The Jayhawks en sont maintenant à leur dixième album: au cas où leur pedigree roots serait flou, ils mettent en pochette une photo crépusculaire de Wim Wenders, très Paris, Texas. En fait, ce disque revisite les chansons écrites au fil des ans par le compositeur principal de la formation -Gary Louris- pour des projets tiers. Même si c'est parfois l'autre vocaliste des Jayhawks, Karen Grotberg, qui prend le lead avec une touche féminine, c'est toujours en lien avec la mélancolie naturelle du biotope. Celui qui charge les chansons d'une constante émotion voyageuse, allant du quasi guilleret Everybody Knows au très Creedence Backwards Women. Lâchant au passage Gonna Be a Darkness co-écrit avec Jakob Dylan, évoquant la meilleure inspiration d'un autre habitué des ténèbres, Bonnie Prince Billy. Louris a la bonne idée d'ajouter à l'ensemble deux inédits de sa composition, Carry You to Safety et Leaving Detroit. Ce second titre en particulier, qui décrit la cité du Michigan dans toute sa décrépitude post-industrielle, mérite de rentrer dans la Première Division des chansons tristes sublimées. Malgré une évidente concurrence sur le marché américain.