Pour son premier film en anglais, Pedro Almodóvar a opté pour une libre adaptation de La Voix humaine, pièce de Jean Cocteau créée en 1930 qu'il citait déjà dans La Loi du désir, en 1986, avant de s'en inspirer deux ans plus tard pour Femmes au bord de la crise de nerfs. Un monologue téléphonique dont le réalisateur espagnol tire aujourd'hui The Human Voice, ...

Pour son premier film en anglais, Pedro Almodóvar a opté pour une libre adaptation de La Voix humaine, pièce de Jean Cocteau créée en 1930 qu'il citait déjà dans La Loi du désir, en 1986, avant de s'en inspirer deux ans plus tard pour Femmes au bord de la crise de nerfs. Un monologue téléphonique dont le réalisateur espagnol tire aujourd'hui The Human Voice, un court métrage étincelant où son imaginaire trouve une expression à sa flamboyante (dé)mesure, magnifiée par la présence incandescente de Tilda Swinton. L'actrice britannique y incarne une femme que son amant vient de quitter pour une autre, et attendant depuis trois jours dans leur appartement -un décor de cinéma aux coutures apparentes- qu'il vienne récupérer ses valises et son chien pour solde de tout compte. Moment où ses ruminations hantées sont interrompues par l'appel dont elle désespérait, l'occasion pour un torrent de sentiments parfois contradictoires de se déverser... L'art d'Almodóvar est à son zénith dans ce film jouant de l'artificialité ostentatoire et de la débauche des couleurs pour toucher à une vérité nue. Celui de Tilda Swinton également, la comédienne campant avec maestria cette femme que la loi du désir met dans tous ses états, abandonnée, seule, désemparée, mais pas soumise pour autant -" elle ne saurait l'être, vu l'époque dans laquelle nous vivons", souligne le réalisateur dans sa note d'intention. Leur rencontre fait des étincelles pop et transcende le côté exercice de style présidant à ce récit d'une rupture, pour inscrire cette femme au bord de la crise de nerfs dans le droit fil des plus mémorables héroïnes almodovariennes...