Comment ne pas avoir un immense respect pour un artiste représenté dans plus de 70 collections publiques à travers le monde, mais qui continue à se présenter face caméra comme un simple ouvrier? Aucune fausse modestie chez Jim Dine, dont l'oeuvre tout entière hurle la passion de la matière, de l'accident et du processus. Le chemin ...

Comment ne pas avoir un immense respect pour un artiste représenté dans plus de 70 collections publiques à travers le monde, mais qui continue à se présenter face caméra comme un simple ouvrier? Aucune fausse modestie chez Jim Dine, dont l'oeuvre tout entière hurle la passion de la matière, de l'accident et du processus. Le chemin plus important que la destination? Pas de doute ici. Face à ces compositions, le regardeur peut passer des heures à traquer les aspérités qui témoignent d'un face-à-face intense avec la couleur, la forme et la texture. En donnant à voir une série historique d'éditions, allant du début des années 80 à nos jours, la galerie Templon nous rappelle combien cet artiste mérite une reconnaissance majeure. Le sublime est d'autant plus présent que face à lui sont alignés des motifs d'une humilité désarmante: le coeur, symbole du féminin chez lui; l'envoûtante robe de chambre ou encore un Pinocchio déniché chez Carlo Collodi plutôt que parmi l'artillerie lourde de l'oncle Walt. Autant d'éléments qui font aveu. C'est d'ailleurs face à un éclatant peignoir que l'émotion nous étreint. Jusqu'ici, on croyait Rik Wouters seul à avoir ainsi exalté le parfum de l'intimité. Erreur, l'Américain livre une version dans laquelle le jaune, le bleu, le mauve pâle, le vert et le rouge léger affirment comme jamais la joie du quotidien. Marquante également est l'évolution de ses coeurs à travers le temps. Entre 1985 et 1993, le choc ébranle: on est passé de l'illustration charmante à la vigueur du sang. Celui qui jaillit violemment de l'aorte.