Avec son air de ne pas y toucher -ses amis le surnomment le "Canard" en raison de son imperméabilité au monde-, Vincen Beeckman est souvent mécompris. À son sujet, on a vite fait de pointer une dimension "strip-tease", du nom de la célèbre émission aux contours corrosifs. La photographie qui vous déshabille? Loin de là, ce Bruxellois déploie un travail sur le fil, à la fois complexe -protocoles, stratégies...- et évident; empathique et e...

Avec son air de ne pas y toucher -ses amis le surnomment le "Canard" en raison de son imperméabilité au monde-, Vincen Beeckman est souvent mécompris. À son sujet, on a vite fait de pointer une dimension "strip-tease", du nom de la célèbre émission aux contours corrosifs. La photographie qui vous déshabille? Loin de là, ce Bruxellois déploie un travail sur le fil, à la fois complexe -protocoles, stratégies...- et évident; empathique et empreint d'un certain détachement; flou et précis. Été 78 le démontre de façon lumineuse en donnant à voir l'ensemble d'un corpus particulier s'articulant autour des restaurants chinois. Tout a commencé il y a cinq ans lorsque Beeckman a exposé une cinquantaine d'images qui retraçaient l'une de ces cantines de l'Empire du Milieu située à Dudelange, au Luxembourg: Hang Show. Aujourd'hui, la série s'est enrichie de deux autres adresses, l'une à Téhéran, l'autre à Rio de Janeiro. Sans y prêter attention, on pourrait penser qu'il s'agit là d'une blague visuelle un peu potache à propos d'un exotisme de pacotille. Il n'en est rien, l'objectif de l'intéressé n'est pas là pour faire rire. La série témoigne au contraire du caractère à la fois humain, social, politique et anthropologique qui se joue au coeur de ces microcosmes. On y prend la mesure du lien fort que Beeckman tisse avec ses sujets, revenant s'attabler sans cesse, jusqu'à faire le tour de la carte. Cette relation forte transparaît à travers différents éléments. On pense aux touchantes photos de famille, attaquées de façon très symbolique par l'humidité, confiées au photographe par le restaurateur luxembourgeois: ce n'est pas rien. Sans parler de la saisissante image qui donne à voir deux canards déplumés pendus à des crochets à la façon d'un duo de personnages dignes des toiles de Jérôme Bosch. Pris en cuisine, un tabou absolu quand il est question de restauration chinoise, le cliché témoigne du fait que le cofondateur du collectif Blow up est allé au bout de son sujet. À ne pas rater: les deux carnets ouverts permettant de prendre la mesure de la méthode Beeckman.