Dès l'entrée, le ton est donné. Une imposante pièce composée de tiges filetées de Karsten Födinger oblige le visiteur à se faufiler, rappelant à ce dernier qu'il est un corps et pas seulement une paire d'yeux montée sur pieds. Cette contorsion initiale devant le cerbère d'acier aux soudures grossières plante idéalement le propos du curateur Matthieu Poirier, qui a imaginé The Brutal Play comme un antidote à la dématérialisation ...

Dès l'entrée, le ton est donné. Une imposante pièce composée de tiges filetées de Karsten Födinger oblige le visiteur à se faufiler, rappelant à ce dernier qu'il est un corps et pas seulement une paire d'yeux montée sur pieds. Cette contorsion initiale devant le cerbère d'acier aux soudures grossières plante idéalement le propos du curateur Matthieu Poirier, qui a imaginé The Brutal Play comme un antidote à la dématérialisation du monde et à sa prolifération imagière. En exposant différentes générations d'artistes, allant du constructivisme au minimalisme le plus contemporain, le commissaire signe une exposition exemplaire redorant le blason de la forme, de la surface et de la matière comme autant de champs d'expérimentation. En conséquence, on ne trouve ici pas d'ornements et très peu de couleurs. La promenade est aride? Nullement. Outre le fait qu'elle dialogue avec une Maison Démontable 6x6 (1944) de Jean Prouvé qui occupe le centre de l'espace, la balade est charnelle malgré le béton brut, les systèmes modulaires et les volumes géométriques simples -l'occasion est d'ailleurs parfaite pour constater combien le minimalisme des années 60 s'est plu à retourner les logiques industrielles contre elles-mêmes. L'oeil se réjouit de prêts exceptionnels, rares dans un group show, comme une arche de Robert Morris, une sculpture décrivant une courbe parfaite de Donald Judd, voire une installation de Carl Andre. Mais le coup de génie consiste à ne pas avoir circonscrit le propos à un alignement de pièces historiques. On retient Valentin Carron (Suisse, 1977), dont l'oeuvre murale se découvre comme un morceau d'architecture moderniste, tout autant que Kilian Rüthemann (Suisse, 1979), qui scarifie les murs quelque part entre Barnett Newman et Lucio Fontana. Sans doute est-ce l'oeuvre d'une femme, Émilie Ding, qui marque le plus durablement. Son intervention sur feutre, un motif géométrique tatoué au chalumeau, possède la densité et l'évidence qui manquent trop souvent à une époque qui préfère la récréation à la création.