Fin de l'année dernière, Pitchfork publiait une grande rétrospective des années 2010. Parmi les principales tendances de la décennie, le webzine pointait la manière dont pop mainstream et musiques "indie" ont pu s'influencer. Parmi les explications de ce grand chambardement était notamment avancé l'impact du streaming. Tout à coup, tous les plaisirs, coupables ou non, se retrouvaient regroupés à un seul et même endroit, à portée de clic. Au point de troubler la notion même de genre, et de hiérarchie musicale.
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Fin de l'année dernière, Pitchfork publiait une grande rétrospective des années 2010. Parmi les principales tendances de la décennie, le webzine pointait la manière dont pop mainstream et musiques "indie" ont pu s'influencer. Parmi les explications de ce grand chambardement était notamment avancé l'impact du streaming. Tout à coup, tous les plaisirs, coupables ou non, se retrouvaient regroupés à un seul et même endroit, à portée de clic. Au point de troubler la notion même de genre, et de hiérarchie musicale. À maints égards, Tame Impala symbolise bien ce zeitgeist. Et ses limites. Car, aussi répandu soit-il, le nouveau "modèle" a eu besoin de ses victimes "sacrificielles". Plus encore que Bon Iver (collaborant avec Kanye West), l'Australien Kevin Parker, seul responsable du projet Tame Impala, a pu diviser. De nouveau héros psyché, défenseur de la cause rock, il est devenu une pop star grand format, créant une musique suffisamment accessible que pour être reprise par Rihanna, travaillant aussi bien avec Lady Gaga que le rappeur Travis Scott. Évolution courageuse ou compromission: à chacun de choisir son camp. Au moment où Tame Impala s'est vu attribuer, en grande partie à son corps défendant, le statut de tête d'affiche rock (l'une des dernières), il devenait aussi l'une de ses plus belles têtes de Turc... On pourrait penser que depuis le carton de Currents (les tubes Let It Happen, The Less I Know the Better), sorti en 2015, de l'eau a coulé sous les ponts. Pourtant, force est de constater que Tame Impala continue de polariser. D'ailleurs, ce n'est pas The Slow Rush qui risque de changer la donne. Précis et méticuleux, Parker y poursuit en effet sa quête pop, jonglant avec les références plus ou moins bien senties (l'orgue à la Supertramp sur It Might Be Time, la flûte sur Borderline) et les tics assumés (la basse reconnaissable entre toutes sur Lost In Yesterday, la voix apprêtée au point de sonner parfois désincarnée). Pour autant, The Slow Rush n'a rien d'un plat junk food, vite avalé, vite consommé. Parker a beau rêver de " devenir Max Martin" -comme il le déclarait, taquin, au Billboard, en faisant référence au serial tubeur suédois (de Britney Spears à The Weeknd)-, ses morceaux restent encore très loin du hit bubblegum. Ne reniant rien de ses mouvements précédents, Parker complexifie toujours plus son propos, avec un disque plus chaud et organique, se révélant même touchant ( Posthumous Forgiveness). Rappelant la maniaquerie de Daft Punk (cité, involontairement?, dans Instant Destiny), The Slow Rush sonne surtout exceptionnellement bien. C'est sans doute le moins que l'on puisse attendre d'un album que Parker a mis (un peu moins de) cinq ans à réaliser. Il n'empêche, chaque détail semble ici à sa place, relançant sans cesse l'intérêt de l'auditeur qui aura pris la peine d'enfiler son casque. Et cela, sans jamais donner l'impression d'avoir à faire à une superproduction cadenassée, étouffée par sa propre ambition. Rien que pour ça, ce quatrième album de Tame Impala est une incontestable réussite.