Du récent retour de la réalité virtuelle au passage de la 2D vers la 3D, le jeu vidéo réinvente régulièrement sa grammaire, comme nul autre médium. Cette mutation perpétuelle se double d'une diversité créative réjouissante. Mais elle peine parfois à maturer. Au milieu des années 90, le CD-ROM squattait ainsi, pour la première fois, une génération de PC dits "multimédia" et une vague de consoles maladroites (Mega-CD, CD-i, Amiga CD, 3DO...). Le jeu vidéo découvrait alors les vertigineuses capacités de stockage des disques optiques. De quoi épater la galerie en enfantant une série de jeux en full ...

Du récent retour de la réalité virtuelle au passage de la 2D vers la 3D, le jeu vidéo réinvente régulièrement sa grammaire, comme nul autre médium. Cette mutation perpétuelle se double d'une diversité créative réjouissante. Mais elle peine parfois à maturer. Au milieu des années 90, le CD-ROM squattait ainsi, pour la première fois, une génération de PC dits "multimédia" et une vague de consoles maladroites (Mega-CD, CD-i, Amiga CD, 3DO...). Le jeu vidéo découvrait alors les vertigineuses capacités de stockage des disques optiques. De quoi épater la galerie en enfantant une série de jeux en full motion video ( FMV) dont la qualité flirtait entre série B et ressorts ludiques abyssaux. Cofinancé par Peter Molyneux ( Populous, Fable...), Erica de Flavourworks capitalise sur cette page pixelisée de l'Histoire du gaming. Le jeu londonien ne plaque pas ses acteurs filmés dans des décors en images de synthèse à la manière d'une The 7th Guest ou d'un Phantasmagoria. Figurant dans le catalogue "grand public" du PlayLink de la PlayStation, le titre londonien se déroule plutôt comme un téléfilm interactif, en plein écran. Jeune femme aux pouvoirs psychiques nébuleux, Erica Manson y enquête sur la mort de son docteur de père. Une marque cabalistique. Un assassin dont elle ne se souvient pas. Un asile... Des pensionnaires de ce dernier à l'inspecteur chargé de l'affaire, le thriller ne se ridiculise pas comme les gangsters en FMV de Who Shot Johnny Rock? et les cow-boys de Mad Dog McCree il y a 30 ans. Mais le manque de profondeur des protagonistes et leur profil très prévisible évoquent la platitude de Transference, expérience hybride entre cinéma et VR produite par Elijah Wood sur PS4 il y a un an. Proposant d'utiliser un smartphone ou une tablette (Android ou iOS) pour contrôler son curseur de jeu, Erica n'a pas besoin de ce luxe ergonomique tant ses interactions sont limitées. On swipe horizontalement pour ouvrir le volet d'un bureau ou tourner le bouton d'une radio. Les premiers gestes surprennent agréablement. Ouvrir deux tiroirs, puis les deux clapets d'une malle, tourner une page... Flavourworks force l'emploi de ce gimmick sans valeur ludique ad nauseam. Sans gameplay et interrompu par des interactions inutiles, Erica a pour unique mérite de reprendre le débat des FMV là où il s'est arrêté à la fin des années 90. L'exploration des choix de ses dialogues reprend exactement l'approche de David Cage ( Detroit: Become Human), en enlevant toutefois l'immersion suscitée par le contrôle en temps réel de ses personnages 3D. Malgré des clins d'oeil au gaming via des mouvements de caméra filant comme dans un third person shooter, le jeu de Flavourworks ne réhabilite hélas pas le genre. Dommage, car les récentes productions de D'Avekki Studios ( The Infectious Madness of Doctor Dekker) ou encore l'excellent Her Story lui ouvraient un chemin tout tracé.