"We Out Here"

Le plus célèbre des DJ's britanniques est devenu une référence du remix, comme de la nouveauté soul-jazz-électro. Ombudsman populaire sur BBC6, Peterson est aussi ce go-between entre plusieurs styles dansants recrutés sur son label Brownswood Recordings (compagnie succédant à Talkin' Loud, qu'il créait en 1990 au sein de la multinationale Phonogram dans la foulée de l'avènement Acid Jazz). Il est toujours question de jazz sur cet album qui rassemble neuf solistes et groupes anglais actuels, mais d'un genre élastique, caoutchouteux, à ...

Le plus célèbre des DJ's britanniques est devenu une référence du remix, comme de la nouveauté soul-jazz-électro. Ombudsman populaire sur BBC6, Peterson est aussi ce go-between entre plusieurs styles dansants recrutés sur son label Brownswood Recordings (compagnie succédant à Talkin' Loud, qu'il créait en 1990 au sein de la multinationale Phonogram dans la foulée de l'avènement Acid Jazz). Il est toujours question de jazz sur cet album qui rassemble neuf solistes et groupes anglais actuels, mais d'un genre élastique, caoutchouteux, à fréquences multiples. Polyphonique au sens d'un processus de transformation continu, parfois au coeur même des morceaux, de nature purement instrumentale. Ou plutôt impurement, et ce dès le premier titre Inside the Acorn à l'intro boisée tirant la sérénade de cordes vers une flûte élégiaque qui ramène les rêveries d'Alice Coltrane et du cousin bariolé, Pharoah Sanders. La plage qui frôle les six minutes, signée Maisha -groupe du batteur Jack Long-, s'enchaîne naturellement vers le Pure Shade d'Ezra Collective. Davantage chargé d'hormones mâles, le morceau accélère le tempo, se gonfle de cuivres encore tendres et sert d'aspirateur à la suite, Sirens, électro-jungle du Moses Boyd Ensemble. Tout cela totalement dans la veine du renouveau anglais survenu dans l'est et le sud de Londres il y a cinq-six ans, lorsque le jazz s'est propagé en style dansé, des lieux de concerts aux clubs, appuyé par la radio NTS et le site Boiler Room. Cette fièvre jeune incorporant la verve profonde de Sun Ra ou du Art Ensemble of Chicago, mais aussi les syncopes du grime et du hip-hop, trouve ici le bel exemple de Theon Cross, joueur de tuba. Pas vraiment l'incarnation de l'instrument rénovateur, ce gros cuivre révéré des fanfares traque ici la grâce de l'éléphanteau qui s'emballe, se trémousse, se fout de l'apesanteur, se fait notoirement plaisir. C'est le cas aussi de Nubya Garcia, une partenaire récurrente de Cross, sax leader de Once, le cinquième morceau de l'album, ancré dans la tradition à la Charles Lloyd, mais fluide et décomplexée. À partir de là, on glisse dans des zones plus tempérées: la guitare quasi-planante de Triforce, le faux lounge cossu de Joe Armon-Jones ou la mélancolie caraïbe de Kokoroko. Toujours sous le patronage du saxophoniste-clarinettiste Shabaka Hutchings: l'un des noms de premier plan de cette (re)génération jazz, il a supervisé les trois jours d'enregistrement studio de la compile l'été dernier. Ici, il tricote un ambitieux crescendo de sept minutes où la caresse initiale devient brûlure, hypnose, addiction consentie. En quelque sorte, égal du patrimoine jazz sans en être vraiment.