Avec sa petite bourgade intranquille de l'Amérique profonde placée sous la coupe tyrannique d'une figure maléfique, la série évoque d'emblée, à sa création à l'automne 1995, l'univers des romans de Stephen King, le maître de l'horreur. Dans American Gothic, Lucas Buck, un shérif charmeur et manipulateur doté de pouvoirs surnaturels, règne d'une main de fer sur la ville fictive de Trinity, en Caroline du Sud. Déterminé à se débarrasser sans ménagement de tous ceux qui pourraient se placer en travers de son chemin et l'empêcher d'assouvir ses noirs desseins, il ten...

Avec sa petite bourgade intranquille de l'Amérique profonde placée sous la coupe tyrannique d'une figure maléfique, la série évoque d'emblée, à sa création à l'automne 1995, l'univers des romans de Stephen King, le maître de l'horreur. Dans American Gothic, Lucas Buck, un shérif charmeur et manipulateur doté de pouvoirs surnaturels, règne d'une main de fer sur la ville fictive de Trinity, en Caroline du Sud. Déterminé à se débarrasser sans ménagement de tous ceux qui pourraient se placer en travers de son chemin et l'empêcher d'assouvir ses noirs desseins, il tente d'exercer son emprise délétère sur le jeune Caleb Temple, innocente tête blonde née d'un viol qu'il a lui-même perpétré une dizaine d'années plus tôt... De prime abord, la formule " produite par Sam Raimi" peut sembler résonner comme un pur argument marketing. Pourtant, l'empreinte du réalisateur culte de la saga Evil Dead se marque ici bien plus que comme un simple label vendeur. Peut-être parce que le producteur Robert Tapert, collaborateur historique de Raimi, est également de la partie. Tout comme le compositeur Joseph LoDuca, qui signe l'un de ces thèmes musicaux emblématiques et anxiogènes dont il a le secret. Et même l'acteur Bruce Campbell, inoubliable Ash Williams de l'imputrescible trilogie comico- horrifique, venu donner la réplique le temps d'un épisode. Mais l'influence du cinéaste star infuse jusque dans les enjeux mêmes de la série, résolument méphistophélique, et plus encore dans sa grammaire formelle, certains mouvements d'appareil évoquant sans ambiguïté aucune les fameux plans subjectifs speedés adoptant le point de vue du mal qui ont fait la réputation de Raimi. Plus sérieuse dans sa tonalité d'ensemble, American Gothic n'en multiplie pas moins également les moments cabotins et les effets visuels outrés qui participent du charme décomplexé de l'entreprise. Capable de passer du naïf au malsain dans une seule et même scène, la série, qui semble d'abord patiner un peu, trouve constamment matière à se réinventer. Se référant souvent à la Bible pour livrer une étrange parabole sur le Bien et le Mal, elle culmine dans une inévitable confrontation père-fils qui cultive assez crânement la carte de l'ambiguïté morale. C'est sans doute cette nature foncièrement trouble qui vaudra à American Gothic d'être annulée après seulement une saison de 22 épisodes, que la chaîne CBS ne prendra même pas la peine de diffuser dans l'ordre. Tous rassemblés ici, et augmentés d'un bref portrait multifacettes de Sam Raimi, ils composent un ensemble étonnant, curiosité poisseuse, mais aussi volontiers guimauve, qui plaira aux amateurs d'objets sériels discrètement déviants.