"Alt F4"

Son premier EP, Marabout, l'avait déjà démontré: si Swing est né artistiquement dans le rap, c'est pour mieux s'en détacher avec les années. En cela, il suit une trajectoire inverse à celle de son groupe. Alors que L'Or du Commun, le trio bruxellois qu'il forme avec Loxley et Primero, a mis du temps avant de s'assumer en tant que groupe de...

Son premier EP, Marabout, l'avait déjà démontré: si Swing est né artistiquement dans le rap, c'est pour mieux s'en détacher avec les années. En cela, il suit une trajectoire inverse à celle de son groupe. Alors que L'Or du Commun, le trio bruxellois qu'il forme avec Loxley et Primero, a mis du temps avant de s'assumer en tant que groupe de rappeurs, se planquant longtemps derrière le second degré, Swing prend de plus en plus de libertés par rapport au genre quand il s'évade en solo. Alt F4 le confirme de la manière la plus brillante qui soit. Pour rappel, le raccourci clavier évoqué dans le titre est utilisé pour fermer les fenêtres en cours. Dans ce cas-ci, Swing s'en sert pour en ouvrir une autre, élargissant toujours davantage la perspective, tout en précisant son discours. Alors que Marabout se sentait encore obligé d'enjailler ( Cours de danse), son successeur assume en effet ses mélancolies de bout en bout. Il n'en a que plus d'impact. Alignant les productions élégantes, Swing en profite pour baisser ses défenses (y compris pour aborder la question du racisme sur N), exploitant désormais toutes les nuances de son chant ( Gris ou le falsetto pratiqué sur son duo, imparable, avec Angèle, S'en aller). Parfois, en glissant du rap au chant, la plume se fait par trop générique -comme si l'intéressé, effrayé par sa propre vulnérabilité, préférait préserver un certain flou. C'est pourtant bien cette sensibilité qui est en train d'ouvrir une voie royale à Swing. Un chemin artistique foutrement attachant, dégageant une soul inédite, avec tout ce que le terme peut avoir de musical, mais aussi d'honnête, authentique et profond.