Sevran et Aulnay-sous-Bois. Seine-Saint-Denis, banlieue parisienne. De cet angle mort de la France surgit un portrait de groupe bigarré, rêveur, dubitatif, désemparé, explosif, sublimé par un réalisateur déterminé à aller chercher sa matière dans l'intime, et à l'habiller du singulier de ses sujets. Dans son fabuleux essai Politiques de l'inimitié, le politologue et historien camerounais Achille Mbembe écrit: " Autant il n'y a de corps qu'animé et en mouvement -un corps respirant et marchant-, autant il n'y a de corps que le corps qui porte un nom." Fofana, Mariyama, Salimata, Régis, Naïla, Aaron et les autres, lorsqu'ils se présentent à la caméra, n'ont pas la même assurance. Certains hésitent. Car la République médiatique leur a inoculé le venin de la honte, de l'inadéquation entre leur nom et le pays qu'ils habitent. Tout le travail d'Olivier Babinet consiste à les entendre, les voir et rendre leur vision du monde, de la France, ainsi que le mouvement qu'ils voudraient y prendre. Rythmé par la bossa nova, le rockabilly, le jazz et quelques vapeurs de rap, le documentaire emprunte au cinéma naturaliste ou symboliste, à la SF, au fantastique, à l'onirisme des séries télé pour conter la dynamique et l'ambition formidables qui prennent corps dans cette jeunesse multiforme, passionnée et passionnante, que le monde a tant à gagner à sortir de l'anonymat.

Documentaire d'Olivier Babinet.

8