"J'aime marcher, j'ai toujours aimé marcher. Mais le tournage de The Way Back a été un drôle de test pour mon amour de la marche, tant les conditions se sont révélées extrêmes..." Ed Harris se souviendra longtemps de l'expérience que fut pour lui et ses partenaires le film de Peter Weir. Du froid de la neige montant jusqu'au genou à la double brûlure du soleil et du sable du désert, l'acteur aura connu des épreuves accentuant encore, si besoin était, sa proximité avec le personnage de Mr. Smith, citoyen américain ayant choisi par idéalisme de vivre en URSS, et que les dér...

"J'aime marcher, j'ai toujours aimé marcher. Mais le tournage de The Way Back a été un drôle de test pour mon amour de la marche, tant les conditions se sont révélées extrêmes..." Ed Harris se souviendra longtemps de l'expérience que fut pour lui et ses partenaires le film de Peter Weir. Du froid de la neige montant jusqu'au genou à la double brûlure du soleil et du sable du désert, l'acteur aura connu des épreuves accentuant encore, si besoin était, sa proximité avec le personnage de Mr. Smith, citoyen américain ayant choisi par idéalisme de vivre en URSS, et que les dérives staliniennes conduisent au goulag avant qu'il s'en évade et entreprenne -avec un petit groupe de fuyards- un périple hallucinant menant de Sibérie vers... l'Inde! Pour comprendre les choix de Mr. Smith, Harris a lu The Forsaken, remarquable bouquin sur le sort des Américains partis durant la Grande Dépression économique pour le (supposé) paradis sur terre communiste. Il a aussi fait un régime pour avoir la maigreur du héros aux traits émaciés, fruit de nombreuses privations. " Mais comment se préparer aux maladies qui nous sont tombées dessus, aux fièvres qui nous accablaient tour à tour? Et comment imaginer que, physiquement miné, j'allais me retrouver à bout de force, en train de gravir une dune dans le désert, avec tant de difficultés visibles que l'équipe du film, d'en bas, a cru voir une grande performance dramatique... Alors que je brûlais mes dernières cartouches d'énergie?" L'interprète de The Abyss et The Right Stuff, d' Apollo 13 et de The Truman Show (de Peter Weir, déjà), le vainqueur de l'Oscar pour The Hours, le réalisateur de Pollock et Appaloosa, n'avait pas attendu The Way Back pour marquer l'imagination. Mais sa performance dans ce film très physique, où l'humain se voit confronté à un parcours de (sur)vie ou de mort, restera dans toutes les mémoires. " Ce fut une expérience très profonde, et gratifiante jusque dans ses moments les plus éprouvants, commente le comédien, une expérience qui nous rappelle à tous que vivre, c'est au fond mettre un pied devant l'autre, un pas à la fois. Nous avons en nous cette tendance à vouloir anticiper, à vouloir brûler les étapes. J'ai été comme ça, moi-même. Je me suis projeté dans l'avenir sans parvenir à goûter la vérité du moment. Je me suis angoissé pour des choses qui pouvaient arriver et sur lesquelles je n'avais aucune espèce de contrôle. Alors qu'au fond, l'essentiel, c'est de prendre chaque instant pour ce qu'il nous apporte." A 60 ans (depuis le 28 novembre dernier), Ed Harris pense toujours à " se développer, comme artiste et comme être humain". Il avoue beaucoup tenir à un film où il s'est " senti plus présent, en tant qu'être humain sur la Terre, que dans tout autre tournage". Il parle d' " immersion" à propos de ce travail qui lui a " fait trouver dans les instants de solitude, et en (lui-même) un endroit calme et tranquille, prêt à affronter quoi que ce soit qui pouvait se présenter". L.D.