Venant après Bound et la trilogie Matrix, Speed Racer, le cinquième long métrage des soeurs Lana et Lilly Wachowski, devait connaître, en 2008, un flop retentissant, à l'éreintement critique -Focus fera exception à la règle, saluant, lors de sa sortie "direct to DVD" en Belgique, un film " à la croisée des époques"- s'ajoutant l'échec commercial, et la Warn...

Venant après Bound et la trilogie Matrix, Speed Racer, le cinquième long métrage des soeurs Lana et Lilly Wachowski, devait connaître, en 2008, un flop retentissant, à l'éreintement critique -Focus fera exception à la règle, saluant, lors de sa sortie "direct to DVD" en Belgique, un film " à la croisée des époques"- s'ajoutant l'échec commercial, et la Warner étant loin de récupérer sa mise. Treize ans plus tard, le critique Julien Abadie entreprend, à la faveur d'un essai à l'habillage séduisant, de décrypter et réévaluer de très convaincante manière cet opus inspiré d'un anime culte de 1967, dont il fait non seulement la pierre angulaire de l'oeuvre des Wachowski -les tenantes, pose-t-il, d'un " humanisme trans-", mais aussi l'un des jalons essentiels du cinéma contemporain. De Speed Racer, l'histoire d'un jeune pilote automobile en butte à un système tout- puissant dont il tente de transcender les limites dans un " étrange délire techno-pop art", l'auteur s'emploie à situer les enjeux tant esthétiques que philosophiques. Vaste entreprise, qui le voit plonger dans l'Histoire de notre modernité, pour convoquer les expériences de Muybridge comme la dromologie de Paul Virilio, les théories de Bergson et celles d'Einstein, James Joyce et Marcel Proust, le cubisme et le Pop Art, ou encore, de façon plus attendue, la japanime, mais aussi des cinéastes comme Ang Lee ou James Cameron. Et brasser des concepts divers afin d'appréhender une oeuvre mutante et militante, où la vitesse de sa pensée et son accélération seraient l'instrument de l'émancipation de l'individu. Perspective passionnante au coeur d'un ouvrage érudit et proprement vertigineux -raccord en cela avec un film apparaissant, pour le coup, inépuisable...